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Critique de Suiciders #1

par Blackiruah le dim. 1 mai 2016 Staff

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Avec une couverture montrant un avant-bras surmusclé et un poing serré avec un superbe tatouage d’ange doté du mot « repent », il est aisé de comprendre que « Suiciders » sera une série pleine de testostérones. Et pourtant, elle propose un peu plus que des combats barbares.

New Angeles (Los Angeles après le big one) s’est transformée après la catastrophe. Les inégalités sociales se sont amplifiées au point de cristalliser la fracture entre les deux. L’île, où la loi du talion est de rigueur, s’est mutée au point qu’il est désormais interdit de sortir ou rentrer à New Angeles. Mais dans tout ce marasme, un sport mortel de gladiateur, « Suiciders », s’est imposé permettant à tout homme de gravir l’échelle sociale. C’est dans ce contexte que nous suivons les trajectoires du « Saint », le champion de la discipline qui va rencontrer de sacrés problèmes ainsi que « Straniero », un immigré qui va entrer par la petite porte de ces combats musclés.

C’est assez surprenant mais « Suiciders » n’est pas un comic book sportif où des gros bourrins se mettent des gnons jusqu’à la mort. Lee Bermejo réalise ici sa critique sociale en imaginant cette société dystopique rongée par la violence et la soif du pouvoir. Bien qu’il n’y ait rien d’original, il est intéressant de découvrir ce « New Angeles » décadent et surtout la trajectoire des 2 gladiateurs. Le premier, qui est devenu une légende vivante, va se retrouver piégé dans une situation inconfortable qui va l’amener en quête de liberté qu’il avait avant les « Suiciders ». Le second va utiliser le jeu pour justement rendre sa vie plus confortable.
Eh oui, « Suiciders » est une allégorie de l’ « american dream ». L’auteur montre à quel point ce rêve peut être dangereux en faisant, de ces jeux mortels, le symbole des combats d’une vie pour grimper l’échelle sociale : une vue intéressante où il n’épargne pas non plus ceux qui ont réussi. Ils vivent en singeant une société qui ne les correspondent pas forcément : loin d’être la vie dont il rêvait.
Reste que la série propose tout de même des combats musclés imposant un ton poisseux et violent qui convient parfaitement à la série (et aussi un peu de divertissement pour les amateurs de barbarie comme moi !).

Je suis un grand fan des dessins réalistes. Incontestablement, Lee Bermejo est un de mes dessinateurs préférés. Son style permet de s’immerger rapidement dans son récit. D’autant plus que ses ombrages profonds font sortir toute la noirceur de ses protagonistes instaurant un ton sombre à « Suiciders » et poisseux (bien aidé par un effet brouillard omniprésent). Le tout fonctionne plutôt bien, mais le défaut est toujours le même : ses planches sont très statiques (même si certaines poses permettent d’avoir une symbolique iconique) ralentissant le rythme de lecture.

Niveau édition, rien de plus classique chez Urban comics, l’album est dans un format cartonné avec quelques bonus visuels (couvertures, illustration, planches) en fin de volume montrant tout le talent de l’artiste.

Alors qu’on pouvait se méfier que « Suiciders » soit scénarisé et dessiné par la même personne, Lee Bermejo réalise une œuvre intéressante qui vogue sur la critique sociale par l’intermédiaire d’un récit d’anticipation maitrisé. Le dessin est sublime (comme d’habitude avec l’artiste) et le scénario est loin d’être facile en réservant son lot de surprises comme la révélation finale surprenante amenant encore plus de richesse à la série. Violent, sombre mais intelligent, « Suiciders » est un comic-book qui frappe avec vigueur les maux de l’immigration. Très curieux de voir ce que nous réserve l’auteur par la suite.

En bref

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