Interview de Jenny, auteur de Sara et les Contes Perdus
Egalement auteur de Pink Diary et Mathilde
C'est à l'occasion de la sortie des deux premiers tomes de son nouveau manga, Sara et les contes perdus, que Manga-Sanctuary a eu l'occasion de rencontrer JENNY, l'une des premières "mangaka" françaises. Elle revient sur sa jeune carrière et nous présente, avec son superbe sourire, son nouveau manga, différent de ses oeuvres précédentes.
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JENNY, bonjour ! Pouvez-vous vous présenter aux membres de Manga-Sanctuary et nous raconter comment, de simple amatrice, vous êtes arrivé à dessinatrice professionnelle ?
D'un point de vue scolaire j'ai eu un parcours assez classique : j'ai suivi le cursus littéraire jusqu'en terminale, puis en faculté, je me suis orienté vers les arts plastiques, en attendant d'intégrer l'école d'animation des Gobelins pour apprendre les métiers liés aux dessins animés. Eh oui, depuis l'âge de 12 ans, c'était vraiment un rêve de pouvoir travailler dans l'animation de dessins animés !
Dans cette école, j'ai suivi une formation qui a duré deux ans, j'ai obtenu mon diplôme, puis j'ai tout de suite intégré les studios Bibo pour co-réaliser avec Antoine Antin, un court-métrage qui s'appelle Le Papillon. Après cela, j'ai rejoint l'équipe de Marathon Animation où j'ai travaillé sur le story-board de Totally Spies, à la création des personnages secondaires de Martin Mystère, puis on m'a confié la tâche de créer les personnages principaux de leur nouvelle série, MBC (Monster Buster Club). Après cela, je me suis lancé toute seule, comme une grande, dans la bande dessinée. C'est une époque de ma vie où je voulais vraiment suivre ma propre voie, pouvoir travailler mon projet personnel. La façon la plus rapide pour moi d'y accéder, était de créer une bande dessinée. Avec mon petit dossier, je suis allé à la rencontre de Thierry Joor, directeur littéraire des éditions Delcourt, afin de lui proposer mon projet. Je n'avais pas beaucoup d'espoir car je voulais Pink Diary en format manga et non franco-belge... La chance m'a souri puisque le projet a plu ! Voilà comment je suis devenu auteur de BD !
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Pink Diary fut le premier shojo à la française et l'on apprend sur votre bio que c'était un vieux rêve. Expliquez-nous comment est né le projet Pink Diary ?
J'ai commencé Pink Diary dans un fanzine (Chibimag), parallèlement à mon travail dans l'animation. L'histoire me trottait dans la tête depuis de longues années, alors quand j'ai signé chez Delcourt pour adapter ce vieux rêve, j'étais aux anges ! (rires) Cependant, je ne pouvais pas laisser Pink Diary tel quel. J'ai donc changé quelques points afin de mettre mon œuvre au goût du jour.
Pour en revenir à la question, Pink Diary met en scène des enfants de personnages issus d'une autre histoire crée il y a bien longtemps. Je voulais dépeindre les amours de jeunes adolescents, leurs joies et leurs peines. J'ai fait une trentaine de pages de Pink Diary sur Chibimag et c'est cet extrait que j'ai présenté aux éditions Delcourt.
Comment s'est déroulé le processus de collaboration avec les éditions Delcourt ?
En présentant mon projet Pink Diary à Thierry Joor, il m'a précisé que cela risquait d'être compliqué et qu'un temps de réflexion était nécessaire. On s'est quitté en prévoyant de se recontacter un mois plus tard. Le délai passé, on s'est retrouvé afin de voir ce qu'il était possible de faire ensemble. Delcourt émettait l'idée du format franco-belge... Pour moi les choses étaient claires, Pink Diary serait au format manga ou ne le serait pas ! Un autre mois s'est écoulé et j'ai eu une proposition que j'ai accepté. On peut dire que j'ai eu beaucoup de chance car cela est allé très vite, surtout qu'à l'époque, éditer du « manga à la française » n'était pas chose courante !
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Par la suite, vous avez réalisé, Mathilde, avec votre compagnon, au format franco-belge (et donc en couleur). Expliquez-nous ce choix et comment avez-vous abordé ce changement ?
Pink Diary m'a aspiré énormément de temps et d'énergie surtout. J'étais vraiment sur les rotules et je voulais travailler sur un projet moins envahissant, avec un rythme de parution moins tendu. De plus, je voulais me consacrer uniquement aux dessins et laisser la partie scénaristique à quelqu'un d'autre.
J'ai donc soumis l'idée à mon mari qui a réfléchi à un scénario en prenant en compte mes attentes. En songeant à ce nouveau projet, le format franco-belge s'est imposé de lui même. Changer de format comportait des risques, dont l'interrogation suivante : est-ce que le lectorat de Pink Diary allait me suivre dans cette nouvelle aventure ? A titre personnel, je voyais ce changement plus comme un challenge, car les codes différent et il faut être en mesure de s'adapter, tout en gardant son style. Cette nouvelle expérience me semblait intéressante, et le fait de voir mes personnages en couleur me confortait dans cette optique. Une fois le projet élaboré, nous avons proposé Mathilde à Delcourt, qui nous a renouvelé sa confiance.
On vous retrouve cette année avec une nouvelle série, Sara et les contes perdus. Pouvez-vous la présenter aux membres de Manga-Sanctuary ?
Sara et les contes perdus est ma nouvelle série au format manga, eh oui retour aux sources! (rires). Cette histoire aborde deux thèmes que j'affectionne particulièrement : les Magical Girls et les contes de fées. J'avais envie de remanier ces genres à ma sauce, en m'amusant, et par la même occasion, travailler sur un univers où l'on ne m'attendait pas : le fantastique.
Sara est une jeune fille de 15 ans, qui va découvrir par l'intermédiaire d'un petit garçon, une bibliothèque secrète où se trouve un ancien livre de contes. En le saisissant il va arriver quelque chose de très étrange... Tous les personnages de contes vont se retrouver dans le monde de Sara qui se voit alors chargée d'une importante mission : les retrouver et les renvoyer d'où ils viennent. Pour l'aider dans cette tache, Clotie, une petite fée l'aidera dans cette incroyable aventure...
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Pourquoi êtes-vous revenu au format japonais vu la fatigue connue lors de Pink Diary?
La frustration ! (rires) Passer de 180 pages à 46 change énormément de choses (narration, découpage etc...) et mon mari et moi n'avons pas eu le choix que de couper des scènes ou d'en écourter pour respecter les codes du franco-belge. Même si Pink Diary était effectivement très fatigant, je ressens trop de frustration à ne pas pouvoir pleinement exprimer ce dont j'ai envie. Revenir au format japonais était primordial pour moi.
Pour ceux et celles qui vous suivent en format manga, vous changez de registre. Après une romance tumultueuse vous passez au fantastique. Vous teniez à proposer une œuvre clairement différente de Pink Diary ?
Oui c'est différent mais cela me représente tout autant. En fait le projet de Sara et les contes perdus est encore plus ancien que Pink Diary ! Quand j'avais 13 ans, j'ai dessiné une BD de 3 Magical Girls qui se battaient pour défendre la justice ! Très original ! (rires) L'une d'elle était Sara. Comme il était difficile pour ma nouvelle série, de présenter 3 personnages dès le départ, je me suis concentré exclusivement sur Sara. Ce projet de Magical Girls ne date donc pas d'hier. De plus, je suis une trentenaire, j'ai connu la grande époque du Club Dorothée et les Gigi, Emi Magique, Creamy et bien sur Sailor Moon ont bercé mon enfance. Ce sont des références pour moi, elles m'ont fait rêver ! Proposer une série de ce genre m'a donc paru très naturel.

Vous revisitez les contes de notre enfance. Pourquoi ce choix, qu'est-ce qui vous a motivé à aborder ce thème ?
Je fonctionne souvent au feeling, à l'envie. En ce moment c'est les contes, mais il n'y a pas si longtemps je me suis intéressé aux 18e et 19e siècles. La seule chose que je m'impose dans ce registre des contes, c'est de ne pas aborder ce sujet de la même façon que ce que l'on connait déjà : Walt Disney par exemple. Je fais du mieux que je peux pour proposer une vision différente de ce que l'on a l'habitude de voir ou d'entendre, de sortir des idées pré-conçues.
Comment se déroule une journée type de travail chez JENNY ?
En ce moment, je débute ma journée de travail vers 10h environ et je tente de cleaner (dessiner au propre le story-board) 5 pages par jour. En amont, mon mari m'a déjà préparé le terrain en découpant les cases et en plaçant les bulles. Je peux donc me consacrer uniquement au dessin.
Depuis peu je suis passé au numérique grâce à la palette sintic pour gagner un énorme gain de temps. Malgré quelques réticences, j'ai vite constaté que, grâce à cette méthode de travail, je gagnais une étape complète, l'encrage. Cela représente en traditionnel, un mois d'effort ! Je ne regrette vraiment pas d'être passé au numérique !
Avez-vous pleine liberté ou suivez-vous des recommandations de la part de votre éditeur ?
J'ai une totale liberté d'écriture. Là où Delcourt intervient c'est sur la bonne compréhension de l'histoire. Ils ont plus de recul que moi, tout en connaissant très bien le sujet. Cela leur permet donc de se rendre compte très rapidement si tel passage n'est pas clair, si cela manque de fluidité etc... C'est donc un avis important pour moi. A part cela, on ne m'impose rien, je suis libre d'orienter mon récit comme je le souhaite.

Avez-vous une idée précise du nombre de tomes ou de la conclusion de votre série, ou avancez-vous au fil de votre inspiration ?
La conclusion de la série est presque complète dans mon esprit, mais le nombre de volumes n'est pas défini pour le moment. J'aimerai que Sara et les contes perdus soit une série comportant de nombreux volumes car j'ai beaucoup d'idées à exposer. Bien sur, cela dépendra de son succès et de ma motivation au fil du temps. Je ne m'impose aucune barrière à ce niveau là. J'espère juste pouvoir aller au bout de ce projet.
Allez une petite exclu ! A la fin du second tome, l'arc Blanche-Neige est sur le point de s'achever. Quel conte posera problème à Sara par la suite ?
(rires) Je n'ai pas l'habitude de donner des exclu, sans doute par superstition ! Je peux vous confirmer que l'arc Blanche-Neige va se terminer et qu'un nouveau conte, une nouvelle épreuve, attend Sara.
Un petit indice ? Est-ce que ce conte a déjà été adapté par Walt Disney ?
Oui... (rires)
Votre style graphique est élégant et personnel mais l'on ressent vos inspirations graphiques japonaises. Justement, quelles œuvres (japonaises ou non) vous ont directement ou indirectement influencées ?
Ma grosse référence, qui a eu une importante répercussion sur mon travail graphique est Masakazu KATSURA avec Video Girl Ai. C'était ma première BD japonaise. A l'époque, quand j'ai découvert ce titre, je ne savais même pas ce qu'était un manga, je ne connaissais que les dessins animés diffusés sur TF1 ou La 5. Ca été un choc ! C'est à ce moment là que j'ai définitivement basculé du côté manga. Son dessin m'a fasciné, tout comme celui de Tsukasa HOJO (City Hunter, Cat's Eye). Sinon j'aime bien les CLAMP, Ai YAZAWA, Takeshi OBATA.
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On a peut-être déjà la réponse, mais si une Clotie vous proposait de collaborer avec le/la mangaka de votre choix, qui serait l'heureux/se élu(e) et pourquoi ?
Oui ça serait Masakazu KATSURA, un auteur dont je ne me lasse pas d'admirer le style graphique !
Un message à l'attention de vos fans ?
Tout simplement merci. Merci de me soutenir et de me permettre de vivre de ma passion !
Portrait Chinois :
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une fleur/plante ? Du muguet
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Un animal ? Un félin c'est certain... hum, une panthère
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Un livre ? Harry Potter !
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Une couleur ? Jaune
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Une boisson ? De l'eau
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Un film ? Chronicle que j'ai vu il y a peu
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Une ville ? Tokyo
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Une chanson ? Un titre de Beyonce : countdown
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Un élément ? L'Eau
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Une personnalité célèbre ? (vivante ou décédée) Peut-être J.K. Rowlin
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Avez-vous un mot que vous affectionnez ? C'est plus un état d'esprit : Rester positif et aller au bout de mes rêves.
Merci JENNY et bonne route à vous pour Sara et les contes perdus !
Merci à vous et à bientôt !
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