TUMATXA : L'EMISSION - EPISODE 10 : L’oeuf du Démon en Amérique !!

Dixième émission de la saison pour « Tumatxa! » et l’avant-dernière avant l’infâme trêve des confiseurs, comme on dit. Et cette semaine, c’est le programme tout ce qu’il y a de plus classique qui vous attend… mais on sait que vous l’aimez celui-là.
Cinéma (avec une reprise inespérée et immanquable), BD (avec un titre habitué au sommaire de cette émission), littérature (on aborde pour la première fois mais pas la dernière le cas d’un auteur atypique), le tout en musique : tel est le sommaire, enthousiasmant, de la semaine.
Pour le cinéma, double joie au menu ; celle d’évoquer à nouveau le corpus prodigieux du génial Mamoru Oshii (« Ghost In The Shell », mais aussi tellement d’autres choses), et celle de le faire à travers cette perle méconnue et précoce de sa filmographie, j’ai nommé l’incroyable « Tenshi No Tamago », alias « L’Oeuf de l’Ange ». Ce long-métrage d’animation de 1985 bénéficie à l’occasion de ces 40 ans d’un lifting 4K et toute le tintouin et d’une sortie salles qui va bien (le film n’était initialement jamais sorti en salles). S’il ne s’agit pas là du premier chef-d’oeuvre à l’actif du cinéaste japonais (ce titre reviendrait plutôt à « Lamu : Beautiful Dreamer », son long précédent), voici bien l’un des films les plus importants de son auteur. Sublimé par les concepts graphiques de Yoshitaka Amano, porté par les choix de mise en scène déjà radicaux d’Oshii (qui signe aussi le scénar’), le film est beau à se percer les yeux de bonheur. Cryptique ? Yes indeed. S’il est d’une simplicité biblique (jeux de mots : le film est en effet une sorte de relecture du Déluge sur un registre SF post-apocalyptique) dans sa trame, le récit ne livre pas pour autant si facilement ses clefs, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais rassurez-vous, rien qu’une bonne dizaine de visionnages obsessionnels ne sauraient éclairer… Un chef-d’oeuvre, oui.
Pour la BD, on retrouve cette bonne vieille fripouille de John Constantine, figure majeure du panthéon de la BD anglo-saxonne multi-évoquée dans cette émission, pour le tome 2 de « Simon Spurrier présente Hellblazer », sous-titré, comme sa contrepartie VO, « Dead In America ». Le scénariste britannique retrouve son compère l’excellent Aaron Campbell aux dessins et poursuit le récit entamé sur le tome 1 (qui voyait déjà le même tandem créatif aux commandes). A ce stade de l’histoire, John Constantine est… mort. Et en Amérique, comme le titre l’indique. Spurrier joue donc sur ce double ressort narratif propre au titre « Hellblazer », du personnage perpétuellement en sursis, sur la brèche, et du regard décalé sur la civilisation américaine, entre fascination et dégoût… Le tout en reprenant le cheptel de persos mythiques ayant présidé à la création du fameux label Vertigo (Swamp, Thing et Sandman en tête). Excellente prestation de Spurrier qui confirme qu’il est l’un des noms les plus intéressants de l’univers du comic book actuel.
Pour la littérature, abordons pour la première fois directement (car nous avons déjà évoqué cet auteur indirectement, notamment en évoquant Lovecraft ou « True Detective ») le travail d’Ambrose Bierce, journaliste et écrivain américain à la formidable plume acerbe et macabre. Le parallèle avec le travail de son glorieux prédécesseur Edgar Allan Poe se justifie à la fois par leur double casquette, leurs biographies respectives marquées par le drame, et un attrait poussé pour le surnaturel et les ambiances noires comme la suie. L’humour corrosif, aussi, comme en atteste les textes courts compilés dans « Les Délices du Démon », recueil d’articles de presse publiés en Californie durant la prime jeunesse de l’auteur, et édité en Angleterre au début des années 1870, avec un bien maigre succès à la clef. N’empêche qu’à peine âgé de 30 ans, Ambrose Bierce était déjà là, tout entier, dans ces courts textes à la veine satirique très prononcée. Nous reviendrons bientôt sur le cas de ce diable de Bierce…
Le tout est saupoudré de bonne musique tel un nappage de sucre glace : les normands de Blut Aus Nord, toujours emmené par le très inspiré Vindsval, reviennent avec l’impressionnant « Ethereal Horizons », dont est issu le beau « Seclusion » ; Matt Jencik et Madeline Johnston (alias Midwife) unissent leurs forces pour le beau « Never Die », dont est extrait « September Goths » ; Daniel Lopatin réactive Oneohtrix Point Never pour « Trnaquilizer », dont « Modern Lust » est extrait ; enfin, revisitons ensemble un classique du minimalisme rock expérimental des seventies, avec le mythique « Outside The Dream Syndicate » de Tony Conrad et Faust, dont on écoute la face B « From The Side Of The Machine »…!!!
“This september it’s been 24
Since I left home
Almost quarter century
When I was on the road
There was a demon’s face in the clouds”


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