Tumatxa, L'Emission ! : EPISODE 30 : Les temps difficiles dans la friche secrète et funeste

 

On y est !! Le « season finale » de « Tumatxa! »… On se quitte en fanfare pour cette année avec, comme le veut la tradition, une émission encore plus longue qu’à l’accoutumée pour fermer le ban, idéale pour meubler vos insomnies caniculaires, et peut-être nourrir votre été, qui sait, de quelques conseils de lecture de bon aloi.

Emission riche, donc, et spéciale de surcroît, car on termine l’année avec une spéciale BD ! Comme d’habitude avec ces émissions spéciales, le but est de brasser large et d’évoquer des titres fort différents les uns des autres, tant qu’à faire.

On commence avec un bel album bien copieux, « La Friche » de Dave Lapp, aux éditions Ici Même, l’occasion pour nous d’évoquer pour la première fois le travail de ce canadien plutôt occupé habituellement par l’enseignement du dessin. C’est précisément dans ses ateliers à destination des enfants que Lapp a eu l’idée de cet album autobiographique qui égrène au fil de ses 540 pages une enfilade d’anecdotes issues de la propre enfance de l’auteur, aux abords de la friche du titre, entre découverte de la complexité du monde des adultes, initiation au « cosmos » via ses interactions avec l’éco-système de la friche, mais aussi apprentissage de la cruauté… C’est dessiné avec une simplicité, précisément, enfantine, mais c’est aussi bouleversant de justesse et d’universalisme, et surtout, surtout, narré de main de maître avec une science du découpage et du rythme qui force le respect.

On poursuit avec un « trade paperback » uniquement disponible en VO (donc réservé aux anglophones) qui nous donne l’occasion de revenir sur le corpus de l’immense et regretté Steve Gerber, magicien des comics trop peu célébré pour ses trésors des années 70 (« Man-Thing », « Omega The Unknown », « Defenders »…). Le papa de « Howard The Duck » retrouve sa complice Mary Skrenes pour co-écrire un titre mésestimé et pourtant de très haute volée, « Hard Time » (paru dans la collection DC Focus en 2004 initialement), dont l’intégralité des 17 épisodes (en deux « saisons ») est reprise dans l’album qui nous occupe. Ethan Harrow est un ado de 15 ans qui commet l’irréparable en participant à un « mass shooting » scolaire type Colombine ; il écope pour cela de 50 années de prison… mais Ethan est un jeune homme très spécial, doté de mystérieux pouvoirs psychiques, de nature à lui sauver la vie dans l’enfer carcéral où il est jeté en pâture. Incroyablement bien charpenté sur le plan scénaristique, riche sur le plan thématique (on y retrouve la veine « socio-politique » habituelle de Gerber), totalement prenant et intense, « Hard Time » est un must qui mériterait bien sa petite adaptation en VF.

On change d’univers avec du manga, en l’occurrence le travail de l’excellent Shintaro Kago, qui nous a beaucoup occupés ces dernières saisons, avec quelques raisons valables. Les éditions Huber nous gratifient d’un nouvel album du bonhomme, « Les Dossiers secrets de l’Histoire », où Kago se lâche tant sur le plan graphique (gros travail de documentation apparemment) que sur le plan scénaristique. En effet, les 16 chapitres de l’album se penchent sur différentes figures de l’histoire occidentale ou orientale (de Liu Bei à Matthew Perry en passant par Michel-Ange) mais certainement pas pour se lancer doctement dans des versions dessinées des pages Wikipédia des figures en question. Plutôt pour larguer totalement les amarres de la raison et du bon goût et se livrer à un exercice loufoque d’extrapolation absurde. C’est beau et c’est très, très, très drôle.

Enfin, le dernier titre de la soirée est sorti à l’automne dernier chez Cornélius et nous permet de revenir (après avoir évoqué son magnum opus « Black Hole » il y a quelques semaines) sur le travail de l’immense Charles Burns. Avec « Funestes Amours », Burns livre un étonnant hommage au genre pourtant peu en vue du « romance comics », usiné en son temps par des pointures comme Jack Kirby (quasi créateur du genre, d’ailleurs). Fasciné par la portée scénaristique pourtant limité de l’exercice, l’auteur nous assomme de planches somptueuses, hommage aux maîtres des années 50, et libère malicieusement tout le potentiel bizarroïde de ces récits plus tordus qu’il n’y paraît. Un album concis (32 pages) mais brillant !

Le tout est évidemment mis en musique, manquerait plus que ce soit pas le cas : Metallica sort un version ultra-méga-collector de son album « Reload », que vous et moi ne posséderons jamais, mais que cela ne nous empêche pas d’écouter le génial « Fixxxer » ; Lantlôs revient avec « Nowhere In Between Forever » et du coup on écoute le surpuissant « Solar Death », qui en est extrait ; les terroristes sonores de Whitehouse rééditent leur « Psychopathia Sexualis » (1982) et le morceau « Graham Young » nous donne une idée de la chose ; à l’occasion de l’annonce de leur retour sur scène l’an prochain, on va s’envoyer un petit Faith No More, en l’occurrence la version live (interprétée par Mike Patton contrairement à la version studio) de l’un des sommets de leur répertoire, « Chinese Arithmetic » ; enfin, on conclue l’émission et la saison avec un monolithe sonore d’une bonne demi-heure signé Dylan Carlson de Earth, qui nous régale d’une pépite drone doom live (encore) de haute volée avec « Ripped On Fascist Ideas », et ça sort de « Sunn Amps And Smashed Guitars Live »…!!!

« His love was king, his love was master
He needed more, he needed always
He searched in vein for love and shelter
In every soul, in every hallway »

EPISODE 30 !!!

 

 

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