Tumatxa : L'Emission ! : EPISODE 23 : Le Dieu bizarre à Bilbao !!

Nouvelle rasade hebdomadaire de « Tumatxa! », avec un programme fort classique dans l’esprit, mais truffé de bizarreries et autres curiosités qu’il fait toujours bon d’aborder dans le cadre de cette émission dont c’est la vocation.
Cinéma, BD, littérature, le tout en musique : tel est le classique mais irrésistible banquet auquel vous êtes conviés toutes et tous.
Pour le cinéma : à la faveur de son exhumation récente par l’excellent éditeur Artus dans un coffret paru à l’automne dernier, on va se faire une joie de se pencher sur le méconnu et troublant « Bilbao » de Bigas Luna (dont nous avions déjà évoqué l’incroyable « Angoisse » (1987) en son temps). Dans ce métrage étrange, nocturne et urbain qui entretient un cousinage avec le giallo, on suit les pérégrinations d’un homme, Léo, littéralement obsédé par une jeune prostituée nommée Bilbao. Obnubilé par cette femme, Léo n’en déteste que plus son environnement quotidien blafard et incestueux (sa compagne Maria est aussi… sa tante ??), et va pousser son obsession jusqu’à bout, c’est-à-dire l’irréparable. Quelque part entre l’école de Barcelone qui nous avons évoqué il y a peu et les saillies graphiques les plus intéressantes du cinéma de genre des seventies, Bigas Luna écrit et réalise ici un métrage fascinant, inconfortable au possible et formellement original… sans compter qu’il se dote de multiples couches de sous-textes, dont le moins intéressant n’est pas celui qui concerne l’état de la société espagnole dans l’immédiat post-franquisme (mais pourquoi diable cette jeune femme se nomme Bilbao ? nous y viendrons bien sûr). A redécouvrir, sans l’ombre d’un doute.
Pour la BD, on évoque l’album tout récemment paru chez Délirium (décidément, quel catalogue !) et répondant au nom de « Sláine - Le Dieu cornu », consacré comme son nom l’indique au personnage de Sláine. Celui-ci est apparu dans les pages de 2000 AD, la célèbre anthologie de BD britannique, sous la plume de Pat Mills (par ailleurs co-créateur et éditeur en chef de la dite revue). Sláine est un guerrier celte qui devint en des temps antédiluviens le premier roi d’Irlande : voilà pour la coloration « historique » du récit ; par ailleurs, il y a aussi des dragons, des sorcières et des zombies… le tout sous forte influence des aventures d’un certain barbare cimmérien. S’il ne fut pas le premier dessinateur de la chose, le fabuleux Simon Bisley n’en fut pas moins le plus fameux à s’être illustré sur le titre (qui demeure probablement son fait d’armes le plus fameux). On est impressionné par la solidité de la charpente folklorique imaginée par Mills (qui réalise ici un travail de documentation tout sauf gratuit, et très cohérent) qui vient épaissir une trame heroic fantasy par ailleurs jouissive comme c’est pas permis. Et Mills de se permettre en outre de joliment colorer son récit d’une teinte puissamment politique. Une découverte pour moi, et une belle claque si vous voulez mon avis.
Pour la littérature, une belle curiosité au programme que l’on doit à l’Arbuste véhément (la collection de poche de l’Arbre vengeur), avec « Les Morts bizarres » (quel titre) de Jean Richepin. Ce dernier fut un disciple de Léon Bloy, volontiers frondeur et anti-bourgeois dans sa prime jeunesse… avant d’être récupérer par l’establishment littéraire, jusqu’à intégrer l’Académie française. Mais avant ça, le bougre pouvait pondre des recueils de nouvelles d’épouvante (jamais fantastiques, précisons-le) pétries d’un humour noir assez irrésistible…Le principe même du recueil de nouvelles est consubstantiel à la notion d’inégalité qualitative entre les textes, certes. Mais ici les bas sont toujours intéressants et les hauts sont très hauts (comme l’irrésistible « Constant Guignard », monument de cruauté comique, ou « Le chef-d’oeuvre du crime », récit infusé de la double influence de Poe et Borgès, excusez du peu). En attendant de découvrir « Le coin des fous » ou « Cauchemars », les deux autres recueils de la même eau signés Richepin…
Le tout est amoureusement serti de bonne zique, comme vous le savez : le duo Sunn O))) opère un retour aux sources avec son dernier album en date sans titre, dont est issu le velu « Glory Black » ; Trent Reznor et Atticus Ross de Nine Inch Nails unissent leurs forces avec Alexander Ridha a.k.a. Boys Noize pour un album live surpuissant dont est extrait « Copy Of A » ; Dan Swanö réédite son abum solo de 1998, « Moontower », et on en écoute l’introductif « Sun Of The Night » ; enfin, réédition du « Collision Drive » d’Alan Vega oblige, on écoute le fabuleux « Viet Vet » pour conclure en beauté…!!!
« I am just a shadow of a shadow of a shadow
Always tryin’ to catch up with myself
I am just an echo of an echo of an echo
Listening to someone’s cry for help »


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