Tumatxa : L'Emission - EPISODE 22 : Le théâtre mortuaire et flou des Nibelungen

Retour de « Tumatxa! » après la traditionnelle pause pascale, et sommaire tout ce qu’il y a de plus classique (cinéma, littérature, BD, le tout en musique)… à ceci près qu’il nous faut entamer l’émission de la semaine par un hommage.
En effet, c’est le coeur serré et la gorge nouée que nous célébrons modestement ce soir la mémoire de l’immense Shiran Kaïdine, qui nous a quittés le week-end dernier. Nous avions eu la chance de nous entretenir longuement avec lui l’an dernier pour la sortie de « Monde Vide », le premier album de Mortuaire.
Sale coup de la Faucheuse, et il nous faudra bien toute une année sans lumière pour nous remettre du départ tellement prématuré du Monarque de la guitare. On a toujours l’habitude de couvrir les disparus d’éloges au moment de leur décès, et c’est bien légitime, quoique parfois hyperbolique : pour Shiran, tout est vrai. Il était aussi solaire et lumineux que sa musique était noire comme l’obsidienne.
Adieu donc, Shiran ; nous conservons avec nous ta musique pour le petit bout d’éternité qu’il nous reste.
Nous évoquerons ensuite le cinéma, avec du patrimonial cette semaine : c’est l’épique « Die Nibelungen » (1924) de Fritz Lang qui va nous occuper, et Dieu sait que ces quelques 4 h 30 de spectacle total méritent que l’on s’y arrête, de son héritage « problématique » et infondé à sa conception scénaristique à quatre mains (avec Théa Von Harbou, épouse de Lang à l’époque, en passant par la matière germanique légendaire qui l’inspira. On dira un mot de la magnificence visuelle de la chose, pas si expressionniste que ça comme on pourrait le penser, en s’appuyant sur les écrits de Lotte Eisner qui a écrit l’ouvrage définitif sur le maître allemand.
Pas le plus connu ou le plus révéré des Fritz Lang, mais pas le moins intéressant, loin s’en faut.
Pour la littérature, énorme événement avec la sortie de « Teatro Grottesco » (que nous avions « teasé » lors d’une émission précédente) dans la collection Pb82 des Monts Métallifères, probablement le recueil de nouvelles le plus connu de l’énigmatique et génial Thomas Ligotti. Ce dernier a été mystérieusement peu traduit en VF au fil des ans, cette sortie est d’autant plus précieuse. Au menu, 13 contes horrifiques d’une noirceur peu commune… dans ce domaine, peu (ou pas) d’auteurs font jeu égal avec Ligotti. Décryptage de la chose.
Pour la BD, retour sur le corpus de l’américain Dash Shaw, avec « Flous artistiques » (« Blurry » en VO), paru chez Dargaud à l’automne dernier. Shaw n’est certes pas le plus grand dessinateur de la Terre, mais quelle maîtrise narrative au fil des 480 (!!) pages qui constituent la trame de ce récit choral où les destins, jusqu’à leurs détails plus quotidiens, d’une bonne quinzaine de personnages se croisent et se « décroisent ». Passionnant…
Le tout en musique, donc : pour célébrer la mémoire de Shiran, on écoute « Louves », extrait du « Sabbracadaver » (2014) de Monarch ; Puma Blue, le projet de Jacob Allen, vient de sortir le beau et nocturne « Croak Dream », dont on écoute le morceau-titre ; David Tibet et Current 93 ont rendu hommage et/ou collaboré avec Thomas Ligotti, comme sur le titre « The Frolic » sur « All The Pretty Horses » ; enfin, on revient sur le phénoménal dernier album de Neurosis, comme promis, et on en écoute le conclusif et épique « Last Light »…!
« I see the twinkling stars
I drop a photograph
I bend to pick it up
My heart leaps as I see your face
Stare up at me from the paper »


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