Tumatxa : L'Emission ! - EPISODE 3 : Le Festin du Mal Rouge dans la coquille

 

Retour de « Tumatxa ! » après la traditionnelle pause pour la Toussaint… après quelques rendez-vous manqués avant les vacances, là on part sur une ligne droite jusqu’à la fin de l’année, avec de bien belles choses au programme, croyez-moi bien. La preuve avec le sommaire de la semaine, certes classique, mais fort riche, en toute objectivité.

Cinéma (double dose d’actualités salles), BD (avec un classique inoxydable) du manga), littérature (avec une rareté fort intéressante), le tout en musique, très liée à l’actualité pour le coup : tel est le formidable et goûtu menu de la semaine.

Pour le cinéma, double rasade donc, avec des films à peu près diamétralement opposés dans leurs approches respectives de la chose cinématographique : dans un premier temps, on évoque le dernier-né de la filmographie du très prometteur Zach Cregger (« Barbarian », « Weapons »), l’excellent « Resident Evil ». Vous n’en avez peut-être, comme moi, rien à cirer de la franchise vidéo-ludique du même nom, et encore moins de la triste franchise cinématographique qui en est issue. Qu’à cela ne tienne : comme ses deux excellents prédécesseurs, le film de Cregger constitue une belle claque, à la fois dans sa mise en scène impressionnante de virtuosité et de lisibilité, et dans son approche thématique (le traitement du protagoniste principal et la question de l’adaptation d’un jeu vidéo au cinéma, exemplairement). Le film est de plus sacrément original dans l’approche graphique des créatures et très beau, ce qui ne gâte rien. Une belle surprise ! Dans un second temps, on part dans le Sud-Est (à St Raphaël plus précisément) pour « Les Roches Rouges » de Bruno Dumont. Sorte de retour aux sources au cinéma minimaliste voire ascétique pour Dumont, le projet est l’occasion pour lui de s’atteler à la question de l’enfance et de la façon de la filmer. Alors certes, la mise en scène et la direction d’acteurs de Dumont sont peut-être un peu trop dirigistes pour laisser affleurer la spontanéité à l’état pur que le cinéaste appelle de ses vœux… mais il accouche tout de même d’images sidérantes, notamment via l’utilisation obstinée de cette focale de 20 mm tout du long. Et il touche à quelque chose d’assez inédit aussi dans sa façon de représenter les enfants à l’écran, tout en déséquilibre instable qu’ils sont. Pas le plus abouti des films du bonhomme, mais passionnant quand même.

Pour la BD, retour sur un classique absolu du manga avec la réédition chez Glénat de l’intégrale du travail de Masamune Shirow sur son titre-phare « The Ghost In The Shell ». Bien sûr, comme un peu tout le monde, vous avez certainement fait connaissance avec cet univers cyberpunk en diable via les deux incroyables adaptations cinématographiques signées par le génial Mamoru Oshii (en 1995 et 2004), ou peut-être via les multiples déclinaisons en séries comme « GITS : Stand Alone Complex » ou « GITS : Arise ». Il n’empêche qu’il est fort intéressant de revenir aux sources des aventures du Major Kusanagi, aux prises avec la cybercriminalité de Newport City en 2029 AD (une date futuriste en 1991, au moment de la publication d’origine, mais plus tellement maintenant, n’est-ce pas). Dessin virtuose et pointilleux, scènes d’action excitantes, tonalité étonnamment légère et humoristique : tels sont les atouts de la BD séminale de Shirow, qui partage avec son pendant cinématographique un vertigineux questionnement existentiel troué d’interrogations philosophiques maousses. L’intégrale comprend aussi « GITS 1.5 : Human-Error Processer » (formidable aussi) et le plus problématique quoiqu’audacieux « GITS 2 : Man-Machine Interface » (à peu près imbitable, malheureusement, et beaucoup moins séduisant sur le plan graphique).

Pour la littérature, on évoque deux pépites totalement méconnues de la littérature de genre d’après-guerre, judicieusement exhumées par l’excellent Nicolas Tellop via sa maison d’éditions Musidora, et signées par l’énigmatique Max Roussel : on cause donc ce soir de « Ne sont pas morts tous les sadiques » (1948) et « Le Festin des charognes » (1949) ; quels titres, mes aïeux !! Le mystérieux et controversé Roussel signe là deux romans très étranges, très proches dans leurs intrigues et leurs univers respectifs, et profondément originaux : sorte de mélanges entre thriller, récit post-apocalyptique, chroniques de guerre ou conte horrifique, ces deux romans déploient une atmosphère totalement uniques, d’une noirceur à peine croyable, portée par un lyrisme ténébreux (et ce malgré un style un peu boîteux). Formidable découverte pour ma part, que j’aborde certes avec un peu de retard par rapport à sa publication, mais mieux vaut tard que jamais !!

Le tout est évidemment mis en musique qui pulse : Brian Williams alias Lustmord unit ses forces à la légende du metal Dave Lombardo pour l’album « The Pulse Of Atoms », dont est extrait « The Desolate Shore Part I : Submergence » ; le formidable combo de Detroit Protomartyr revient avec l’excellent « Hotel Usona », dont on écoute le premier extrait « Sounds We Cannot Hear » ; évocation de « The Ghost In The Shell » oblige, on écoute l’inoubliable « Making Of Cyborg », morceau introductif de la BO signé Kenji Kawai pour le film de Mamoru Oshii en 1995 ; enfin, quel joie de retrouver les stakhanovistes du black metal ricain de Krallice, pour leur dernier album en date « Scour Order », dont on écoute le formidable et épique morceau éponyme… !!

« Another eighty-one dead since dawn
Spiders crawling 'cross the ceiling
Next door there’s voices moaning
Can’t tell if they’re coming or going »

EPISODE 3 !!

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