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Critique de Complément Affectif

par Kamiville le dim. 1 déc. 2019

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Pour un premier josei, Complément affectif a été pour moi une entrée en matière dans le genre qui s’est révélée être une bonne surprise.

Fini le cadre de vie des amourettes du lycée et place au monde professionnel impitoyable, en l’occurrence celui de la publicité, où travaille Minami Fujii, notre protagoniste. Tout le récit se base sur le fragile équilibre entre le travail et l’amour, aussi bien du point de vue des personnages féminins que masculins. Ainsi, cela s’illustre par l’arbitrage en temps consacré à son travail plutôt qu’à sa vie de couple et plus largement, la sacrifice de l’un pour obtenir l’autre, causant un déséquilibre, souvent en faveur du travail dans l’histoire. Le travail est dépeint de manière assez juste. Bien que ce soit la société japonaise qui y soit traitée, on reconnaît bien des similitudes dans toutes les sociétés des pays développés : le travail est devenu une identité que l’on revendique, pas simplement quelque chose qui nous permet de nous nourrir mais aussi quelque chose dans lequel on peut s’épanouir, un refuge quand d’autres choses vont mal.

Côté personnage, notamment féminin, chacune de par l’expérience qu’elles vivent apportent une problématique : pour Fujii, ce sera de trouver le juste équilibre entre travail et amour, pour Yoko, subvenir à ses besoins avec son travail en freelance plus risqué qu’un statut de salariée et s’accrocher à la relation qu’elle entretient avec un homme déjà marié, pour Watanabe, se marier avec un homme qui puisse subvenir à ses besoins si elle quitte son travail de comptable qui a peu d’opportunités d’évolution, pour Tanaka, imposer son choix de ne pas avoir d’enfants face à la pression des proches alors qu’elle est déjà mariée.
Pour ce qui est du character-design, l’auteure a réussi à faire en sorte qu’aucun personnages ne se ressemblent, d’une part les visages sont bien différents mais pour ce qui est des personnages féminins, d’autre part, il est incroyable de voir à quel point le style vestimentaire est diversifié, à la limite, à chaque chapitre, voire même au sein d’un même chapitre, les personnages portent des vêtements et des accessoires différents, souvent chics d’ailleurs.
Concernant les décors, j’ai trouvé que c’est en moyenne plus détaillé qu’un shojo lambda mais n’ayant pas lu d’autres josei, je ne saurais comparer le manga avec d’autres titres du genre sur cette catégorie mais là où je m’avance sans prendre trop de risques, c’est qu’il est unique en ce qui concerne les arrières-plans très travaillés qui illustrent les sentiments ou les propos des personnages. Cela peut-être un ensemble de fleurs, de fruits, d’eau, de carpes qui donne un cachet esthétique très lyrique à l’oeuvre en contraste avec les thèmes qui peuvent être difficiles comme la solitude par exemple. La créativité de l’auteure est d’autant plus visible grâce au grand format de chacun des tomes, les couvertures en couleurs sont toujours très travaillées.

La narration, quant à elle est servie par un découpage très dynamique, voire même trop. Très souvent, si on parvient à suivre le cheminement narratif par les dessins même si les cases se chevauchent entre elles, il est plus difficile de le faire pour ce qui est des pensées et des dialogues dont les cadres et bulles respectivement qui leur sont destinés se succèdent, rendant la lecture peu fluide. J’ai dû relire chaque planche avant de passer à la suivante pour ne pas perdre d’informations.

On pourra remercier les éditions Delcourt d’avoir publié la série jusqu’à son terme alors qu’elle ne se vendait pas bien. La traduction est soignée, certains termes ont gardé leur prononciation en japonais comme les noms de nourritures mais à chaque fois ils sont accompagnés par des annotations explicatives et certaines expressions traduites directement du japonais bénéficient également de ces notes explicatives. Pour ce qui est de la traduction en elle-même, j’ai été étonné de voir que le vocabulaire employé était quand même assez recherché, je me suis surpris à chercher pas mal de mots dont je ne connaissais pas la définition alors que le manga ne s’étale que sur 10 tomes + un tome extra.
La papier employé est de très bonne qualité, assez épais et ils restent blancs même après plusieurs années.
Ce qui est dommage, mais je ne sais pas si c’était déjà le cas dans l’édition japonaise, auquel cas les éditions Delcourt n’y sont pour rien, c’est que les pages de garde de chaque chapitres sont en noir et blanc alors qu’elles étaient en couleurs lorsque la série était prépubliée dans le magazine Feel Young.

Pour finir, Complément affectif a été une lecture très agréable, aussi mature que ce à quoi je m’attendais de la part d’un josei. L’auteure a su garder une qualité constante de A à Y et non Z, l’histoire couverte par les 10 tomes sans le tome Extra peut, à mon sens, se suffire à elle-même. Le tome Extra ajoute quelques chapitres bonus qui développent un peu ce qui se passe entre l’avant-dernier chapitre et le dernier chapitre du tome 10 et ce qui se passe après le dernier chapitre du tome 10.

En bref

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