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Critique de Comme Un Adieu #1

par Tampopo24 le lun. 12 avril 2021 Staff

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Transcender le corps et l'âge

Takako Shimura est une autrice avec une certaine aura parmi un certain groupe de fan de manga que je suis. Elle fut l'autrice en France de Fleurs bleues sur les premiers pas maladroits de deux adolescentes à la découverte de leurs sentiments l'une pour l'autre, et aux Etats-Unis de Wandering Son, autre titre LBGT, sur une jeune fille transgenre et de son ami qui lui est un garçon transgenre. C'est donc une autrice qui aime aborder les thèmes de l'homosexualité, de la transidentité, de l'identité sexuelle et du début de la puberté ainsi que de l'adolescence. Je ne suis donc pas surprise de la retrouver au catalogue d'Akata.

Ces derniers au lieu de publier le titre que j'attendais le plus, Wandering Son qui est peut-être un peu long, ont plutôt choisi Comme un adieu, boys love en 3 tomes, ainsi que Si nous étions adultes, josei en cours en 4 tomes que nous aurons plus tard, sur deux femmes qui se rencontre et sont séduites. L'éditeur le propose pour l'instant au format numérique chapitre par chapitre.

Mais revenons-en à Comme un adieu. Depuis son annonce et sa sortie, j'ai entendu beaucoup de choses sur le titre et je ressentais autant de hâte que d'appréhension à l'idée de le lire. Il faut dire que l'autrice ne choisit pas la facilité. Son histoire débute avec le réveil dans un corps d'enfant d'un des deux héros, pas facile pour son compagnon de se faire à cette idée au-delà du fait que c'est complètement abracadabrantesque. On aurait alors pu tomber dans quelque chose d'assez glauque mais c'était mal connaître l'autrice.

Profitant de cet élément fantastique qu'elle a introduit dans son narration, l'autrice cherche à évacuer la notion de corps et d'âge pour montrer une histoire qui transcende cela. Alors, oui c'est un peu dérangeant de voir un enfant qui demande à se faire toucher par un adulte. Ça pourra en mettre certains mal à l'aise mais ce ne fut pas mon cas. Pourquoi ? Parce que d'abord l'autrice ne montre rien mais suggère et laisse entendre, et ensuite parce qu'il n'y a rien de glauque là-dedans grâce à la façon dont Takako Shimura conduit son histoire. On n'est pas avec un adulte qui aime tripoter les petits garçons mais juste avec un homme amoureux perdu parce que son amant est redevenu un enfant, il ne veut d'ailleurs pas le toucher, c'est ce dernier qui insiste ne pouvant résister à son propre désir. Il ne faut donc pas y voir quelque chose de dérangeant, ce n'est pas le propos.

Cependant ce choix narratif peut interroger et c'est normal, surtout au vu des conditions poussant à la transformation de Kanade. Ainsi petit à petit insidieusement l'autrice pousse le lecteur à réfléchir sur la vraie relation entretenue par les deux héros. Est-elle aussi idyllique que celle qu'on pouvait croire au début ? 

Il y a déjà les difficultés de Yuhki, celui resté adulte, à avouer ses préférences à sa famille et son entourage. Premier obstacle. Il y a ensuite les circonstances de leur rencontre et des débuts de leur relation qui poussent Yuhki a ressentir une véritable insécurité. Enfin, on apprend tardivement qu'il y a aussi de sacrés cadavres dans le placard de Kanade liés à la fois à son identité sexuelle et à sa carrière d'auteur et acteur de théâtre. Ce n'est donc pas aussi simple qu'on aurait pu le croire au début...

Tout cela est raconté d'une main de maître pour une autrice pour qui la douceur mais aussi l'humour est un art qu'elle maîtrise à la perfection. Les pages défilent sur le récit de petits moments banals du quotidien : se réveiller à côté d'un inconnu, assumer son nouveau corps, gérer l'annonce d'avoir un enfant à la maison, occuper ses journées quand on est un adulte dans un corps d'enfant, etc. On s'attend alors à avoir un récit tranche de vie classique avec juste une pointe de fantastique et peut-être d'humour autour de cette transformation, mais l'autrice est bien plus subtile que cela, et petit à petit tout doucement, elle amène son récit sur une autre voie sans qu'on s'en rende compte au début. C'est très fort.

J'ai beaucoup aimé l'ensemble des thèmes qu'elle insère l'air de rien autour de la sexualité mais aussi des relations de couple. C'est fin et bien mené. Mais nous ne sommes là que sur un premier tome assez introductif dont le dernier tiers surprend et peu amener à un revirement important par la suite. Il me tarde donc de lire celle-ci pour me faire une vraie opinion sur la série.

En bref

Pour le moment, malgré ses dessins très beaux et très doux dont j'ai aimé la composition et l'expressivité, je reste sur ma faim et le titre n'est pas le coup de coeur attendu, juste une très bonne lecture potentiellement prometteuse qui me fait réfléchir et me laisse songeuse. Je croyais le titre bien plus dérangeant au vu des avis que j'avais lus dessus, ce n'est pas vraiment le cas. Je m'attendais à une émotion plus forte au vu de ce que j'ai entendu sur ses autres oeuvres, ce n'est pas le cas. Cependant, la découverte des deux derniers chapitres pourrait me faire revenir là-dessus, alors j'attends de voir si cette romance fine et subtile tiendra ses promesses. En tout cas, sa poésie sombre et ses premières réflexions sur la vie de couple m'ont interpellée.

7
Positif

Le retour d'une grande autrice pour le genre LGBT

Des dessins doux et poétiques, très expressif

Une histoire originale qui fait réfléchir

Un traitement fin plein de nuances

Une narration sensible

Une revirement dans le dernier tiers qui vient bousculer nos idées

Negatif

Un tome encore trop introductif

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