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Critique de Joker of Destiny #1

par Tampopo24 le mer. 15 mars 2023 Staff

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Tout a un prix

Bien qu'il soit scénariste depuis plus de 40 ans au Japon, je ne connaissais pas du tout le travail de Michiharu Kusunoki, alors soyons honnête, c'est surtout le nom de Mizu Sahara qui m'a fait acheter ce manga à la couverture étrange, à la fois calme et dérangeante, où héros impassible se mélange avec squelette froidement souriant. Série de contraste, je ressors moins aussi contrastée de cette lecture.

Mizu Sahara est une autrice dont j'aime à la fois le ton et l'univers graphique toujours très doux et un tantinet amer également. J'étais donc assez convaincue à l'idée de la suivre, même juste comme dessinatrice, sur cette courte série de 3 volumes parues dans l'Evening de Kodansha en 2015. Même si ce n'est pas elle qui a composé le scénario on retrouve son goût pour le tranche de vie et pour la critique de notre société avec un héros qui se veut un peu apathique au début mais qui est également désireux de changer.

Nous allons ainsi à la rencontre de Kiwa Ogata, étudiant et libraire à temps partiel assez discret qui n'attend pas grand-chose de la vie. En couple avec son ancienne camarade de fac, Mahiro, il va enfin se décider à se bouger après que celle-ci lui parle d'une offre d'emploi dans sa boîte. Cependant Kiwa avait un secret expliquant sa passivité : à chaque fois qu'il émet un voeu, ce a des conséquences dramatiques sur son entourage. Il en est donc venu à avoir peur d'espérer.

Belle métaphore sur notre société et sur ce sentiment de découragement qui gagne toute une jeune frange de la population en recherche de travail voire plus, Joker of Destiny est cependant par son essence même un titre assez morose à lire, auquel on ne peut pas dire qu'on prend réellement plaisir. C'est intéressant de suivre la destinée de ce héros mais de là à dire qu'on aime, c'est tout autre chose. J'ai trouvé particulièrement difficile d'entrer en résonance avec ces personnages sous peine de me sentir moi-même entraînée dans leur mal être. C'est la force du duo auteur-dessinatrice, je trouve, même si c'en fut aussi la faiblesse pour ma part.

Le dosage du fantastique est plutôt bien fait. Il est discret et insidieux à l'image du héros. On ne sait jamais comment il va se manifester ni sur qui. On a des idées préconçues qui ne se vérifient pas dans un premier temps, ce qui surprend. Et cela se mélange parfaitement avec le cadre très japonais de l'histoire et leurs croyances bien plus diversifiées que les nôtres. Le trait de l'autrice y est aussi pour beaucoup avec le côté très évaporé et blasé des héros mais aussi ces fonds parfois assez évanescents.

Cependant, étrangement, c'est le cadre plus réaliste qui m'a intéressée. J'ai aimé voir mettre en scène cette critique de la vie en entreprise à la fois par le biais de Mahiro, la petite amie de Kiwa, avec qui on va découvrir la façon dont sont traitées les femmes dans le monde du travail au Japon, entre sexisme et préjugés, mais surtout avec beaucoup de violence, psychologique et sexiste. Cette critique revient, mais différence, avec Kiwa. Grâce à lui, on voit le pendant côté masculin, où le jeunisme est vite critiqué, où on découvre de vraies crevures qui ne font rien au final et ne garde leur place que par habitude, pression et connivence. C'est assez révoltant à voir et le supérieur de Mahiro m'a souvent donné des envies de meurtre.

Heureusement, nous avons à côté, ce petit couple charmant, qui semble avoir trouvé une bulle de réconfort en la présence l'un de l'autre et qui souffle ainsi de tout ça ensemble. Cependant, c'est une bulle bien fragile et on voit combien les difficultés au travail, à trouver du travail, à s'affirmer en tant que personne, peuvent venir parasiter cette vie de couple et les sentiments purs qui en émanent. C'est donc à nouveau assez doux-amer.

En bref

Peut-être est-ce justement à cause de cette amertume présente de partout que je n'ai pas pleinement apprécié ma lecture. J'ai trouvé le ton, le rythme, l'emphase même plombante et même en peu redondante. Cette ambiance morose pèse et si on n'a déjà pas trop le moral, si c'est déjà pas top à notre boulot, ça n'aide pas vraiment. J'aurais également apprécié un fantastique moins discret car pour le moment c'est assez timide et on attend que ça décolle vraiment, ce qui dommage pour une série en seulement 3 tomes. Heureusement, les ultimes pages passent par là et laissent l'espoir d'un prochain tome qui remuera plus et accélérera peut-être le tempo. Lecture intéressante, car oui la vie de couple et le boulot, c'est pas simple, elle fut cependant assez rude à digérer !

7
Positif

Le retour de Mizu Sahara. Quelle illustratrice !

Une métaphore douce-amère sur notre vie actuelle

La critique de la vie en entreprise quand on est femme et/ou jeune

Une jolie pénétration du fantastique pour tout mettre en relief

Negatif

Un titre assez plombant à lire

Des personnages qui nous entraînent dans leurs malheurs

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