Sortir de l'ombre
Quelle agréable surprise ! Jenny est une autrice de manfra dont j'ai beaucoup entendu parler à ses débuts, il y a 20 ans, mais n'étant alors pas une adepte des auteurs non japonais sur le créneau, j'étais passée à côté. Je n'ai plus cet a priori et j'ai passé un excellent moment.
Jenny est une autrice confirmée qui maîtrise assurément ce format. De la même façon que les japonais mais sans faire une histoire japonaise, elle utilise son quotidien, son cadre de vie, pour construire une histoire qui parlera d'elle, de sa société. Ici, c'est le sujet ô combien universel des adolescents mal dans leur peau, victime de harcèlement ou d'une pression familiale trop importante, ou encore juste différent, dont il est question. Et elle le traite très bien !
J'ai été frappée par la façon très juste et réaliste dont elle commence par poser le cadre dans ce premier tome. Simon et son père déménagent dans une petite banlieue tranquille avec pavillons comme il y en a tant en France. Ils se retrouvent dans un quartier où tout le monde se connaît et s'entend. On peut croiser la voisine commère avec son chien, aller acheter un bon sandwich chez le boulanger à côté, mais attention il faut penser à aller faire ses courses tôt car la supérette ferme avant par rapport à en ville. Bref, la vie de province.
Elle plante aussi des personnages crédibles qu'elle prend le temps de détailler, sans heurter, sans en faire trop. Il y a donc Simon qui vient d'arriver avec son père et dont on découvre peu à peu les traumas derrière cette façade de gentil garçon tout calme à qui tout réussi. Simon a été victime d'une mère toxique qui avait une emprise sur lui et il se débat encore avec les conséquences avec un père des plus bienveillants. Face à lui, il y a Emilie, une ado qui reste enfermée dans sa chambre depuis qu'elle a été harcelée en ligne au collège. Ses parents et sa soeur démunis voient en Simon peut-être leur sauveur quand ils la voient réagir et qu'ils le voient s'intéresser à elle.
Voilà le sujet de cette série : le désœuvrement de famille face aux mal êtres de leurs enfants adolescents. Le portrait est juste. Ces parents sont beaux dans leur perte de repère et la position secure qu'ils prennent vis-à-vis de leurs enfants, présents mais pas étouffants. Mais Jenny montre aussi les difficultés que ça pose pour les aidants, pour les victimes collatérales comme la soeur d'Emilie très bien campée ou les amis qui ne comprennent pas ce qu'il se passe. C'est très bien écrit dans l'ensemble. Seuls quelques pétages de plombs de Simon m'ont semblé un peu brusques et maladroits et les réactions en face inappropriées. Mais le reste est top.
J'ai aimé me laisser prendre dans les filets de cette histoire poignante, réaliste, qui nous parle. J'ai aimé le soin pris par l'autrice. J'ai aimé le ton à la fois lumineux et rude. Elle n'oublie pas de donner de l'espoir et Camille, l'amie que se fait de suite Simon au lycée, est un rayon de soleil ! D'ailleurs bravo à l'autrice pour sa diversité, c'est tellement rafraîchissant d'avoir des personnages si différents partout autour de nous, avec des physiques, des caractères, des personnalités, des looks divers. Il y a beaucoup de douceur dans cette histoire avec des adultes bienveillants, des enfants rigolos, des ados à mettre en boîte. Pour l'instant la violence subie par les héros n'est là qu'en souvenir mais on sent que ça bouillonne, la suite risque d'être plus rude.
En bref
Très belle entrée en matière pour un ''manga'' écrit par Française ne cherchant pas à imiter les japonais mais restant elle-même quand elle traite des questions universelles du harcèlement en ligne et de la pression parentale. C'est sombre et lumineux, dans un décor réaliste, avec des adultes qui ont la bonne distance, donnant un ton prenant, donnant envie de les aider à passer cette étape et à guérir. Une très belle surprise.









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