Une Hard-SF qui retombe trop vite dans les travers du Shônen ?
Lecteur de mangas assidu durant toute mon adolescence, je m’en étais éloigné à l’âge adulte pour me tourner vers la BD franco-belge à mes 35 ans, y trouvant une offre de science-fiction bien plus vaste et mature. Pourtant, au fil de mes discussions et de mes recherches, trois noms revenaient sans cesse comme des ponts incontournables vers le manga de SF : "Blame!", "Eden : It's an Endless World" et ce fameux "Planètes". Profitant de l'intégrale disponible à la bibliothèque, j'ai décidé de retenter l'expérience, moi qui ne lis plus aujourd'hui que "Berserk" au rythme des rares parutions. Lecteur de mangas assidu durant toute mon adolescence, je m’en étais éloigné à l’âge adulte pour me tourner vers la BD franco-belge à mes 35 ans, y trouvant une offre de science-fiction bien plus vaste et mature. Pourtant, au fil de mes discussions et de mes recherches, trois noms revenaient sans cesse comme des ponts incontournables vers le manga de SF : "Blame!", "Eden : It's an Endless World" et ce fameux "Planètes". Profitant de l'intégrale disponible à la bibliothèque, j'ai décidé de retenter l'expérience, moi qui ne lis plus aujourd'hui que "Berserk" au rythme des rares parutions.
Le plaisir de retrouver le format manga et le noir et blanc a été immédiat. Le dessin, très propre, m’a d’emblée donné l’espoir d’un seinen rigoureux. J'ai d'abord beaucoup apprécié le parti pris narratif : pas de quête pour "sauver l'univers", mais une chronique sociale sur des "éboueurs de l'espace". Ce rythme calme, sans être celui de "2001 l'Odyssée de l'espace", me convenait pleinement.
Malheureusement, le naturel du manga "mainstream" revient vite au galop. Le ton sérieux que je recherchais est régulièrement brisé par un humour de geste ("slapstick") très lourd. Le père du héros en est le parfait exemple : un cliché ambulant du quadragénaire indolent, sale, addict aux magazines cochons, qui enchaîne les blagues potaches en se grattant les parties intimes. Ces ruptures de ton ne servent pas de "respiration" au récit, elles agissent comme une cassure de crédibilité qui m’a sorti de l’histoire à plusieurs reprises.
Le personnage de Tanabe a été, pour moi, le point de rupture. Sa naïveté est d'une improbabilité telle qu'elle en devient exaspérante. On retrouve ici le trope le plus éculé du shônen : la figure féminine dont l'unique fonction est de calmer les colères masculines par des monologues dégoulinants sur "l’amour qui vaincra tout", la larme à l’œil. Si je déplore parfois le pessimisme radical de la SF franco-belge où tout est souvent trop noir (et sans espoir), Tanabe tombe dans l’excès inverse : une vision du monde enfantine qui détonne avec la dureté de l'environnement spatial.
Le dernier tiers délaisse la "tranche de vie" pour une introspection psychologique massive. On découvre que les personnages partagent un traumatisme originel lié à une enfance malheureuse. Là encore, on nage dans le cliché : l’enfant triste au regard vide, bouche bée devant la violence humaine... C’est un procédé vu et revu qui peut toujours être émouvant mais manque ici de subtilité pour y arriver.
Au final, j’attendais de l’espace qu’il soit un élément central du récit, d'abord décrit par un féru de sciences (l'auteur nourrit la première partie du récit d'annotations de ses recherches sur la conquête spatiale) puis nourri de développements géopolitiques ou militaires dans la dernière partie de l'histoire. Au lieu de cela, l'espace ne sert que de simple décor à un drame humain dont les protagonistes ne m'ont semblé ni particulièrement bien écrits, ni attachants. "Planètes" n’est donc pas une mauvaise lecture, mais pour un lecteur habitué aux exigences de la SF adulte, il reste trop ancré dans des codes narratifs que j'ai trouvé juvéniles.
En bref
Planetes n’est pas une mauvaise lecture, mais pour un lecteur habitué aux exigences de la SF adulte, il reste trop ancré dans des codes narratifs juvéniles.








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