TUMATXA : L'EMISSION ! - EPISODE 16 : Les terres de la Fée hérétique

 

Dernière émission pour « Tumatxa ! » avant la traditionnelle pause pour les vacances hivernales. Programme classique, mais si vous me pardonnez ce vilain élan d’immodestie… quel programme !! J’en suis joie, et vous aussi bien sûr.

Cinéma (du patrimonial un brin obscur), littérature (avec un des grands habitués de notre sommaire), BD (avec une divine surprise que je n’avais pas vu venir) : tel est l’affolant menu de la semaine.

Pour le cinéma : il y a bien quatre ou cinq film, voire plus, qui s’appelle « Fata Morgana », mais celui qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le film catalan signé par Vicente Aranda en 1965. Dans cet étrange mélange de proto-giallo et de drame post-apocalyptique (oui oui), Gim, incarnée par la troublante Teresa Gimpera, erre dans une Barcelone totalement désertée de sa population pour de mystérieuses raisons, avant qu’un mystérieux aveugle croisé par hasard ne lui annonce qu’elle sera bientôt assassinée… Résumée ainsi, l’intrigue peut paraître assez limpide, mais il en est rien, le récit multipliant les omissions et autres rétentions d’information qui opacifient considérablement son propos. Tout cela est en fait très volontaire, comme Aranda lui-même le confessait lorsqu’il évoquait ce film-manifeste de ce que l’on a appelé alors « l’école de Barcelone », sur laquelle nous reviendrons bien sûr. Un film étrange, pas facile d’accès, mais thématiquement passionnant et à l’allure folle, sur le plan graphique. Une pépite à redécouvrir, comme l’éditeur Artus l’a permis il y a deux ans en exhumant la chose pour un beau combo DVD/Blu-Ray.

Pour la littérature : que deviendrait cette pauvre émission si nous ne revenions à intervalles réguliers, inlassablement, sur le corpus de l’immense William S. Burroughs ? Pas grand-chose je le crains, et c’est pourquoi il est grand temps pour nous de boucler notre série de chroniques sur la fabuleuse « Red Night Trilogy » des années 80, avec le dernier volet, « Les Terres Occidentales » (1987). On pourrait résumer la chose de la façon suivante : cette trilogie, c’est du Burroughs pur sucre, mais en plus abordable quand même que de coutume. Une sorte d’idéal pour les lecteurs qui souhaiteraient découvrir son œuvre, quoi. Le vieux Bill met en scène un double fictionnel, William Seward Hall, qui peine à se remettre à écrire et qui surtout contemple l’approche de sa propre fin… et puis très vite, ça part en sucette, avec des crimes atroces, de la mythologie égyptienne, des agents secrets, des assassins, des scolopendres monstrueux et les indispensables babouins à cul bleu, bien sûr. La dernière ligne droite du roman est étonnante pour du Burroughs, bouleversante dans son approche de la Mort qui s’en vient… Un autre chef-d’œuvre à l’actif de ce bon vieux Bill !

Pour la BD : belle surprise parue ces derniers jours chez Delcourt avec « Hérétique », signée Robbie Morrison (scénario) et Charlie Adlard (dessins). Morrison est un romancier passé auparavant chez 2000 A.D. et Adlard, également un ancien de 2000 A.D., est évidemment surtout connu pour ses planches pour « The Walking Dead » : les deux acolytes nous pondent un passionnant décalque (ceci dit de manière non péjorative) du fameux « Nom de la Rose » d’Umberto Eco, mettant en scène le célèbre occultiste Cornelius Agrippa et son disciple Jean Wier, deux figures ayant réellement existé que Morrison fantasme en détectives, sur le modèle archétypal de Sherlock Holmes et du Dr Watson. Les deux compères mènent des enquêtes tout en se heurtant à la Sainte Inquisition, pas spécialement des rigolos. Malgré quelques réserves sur le dessin, voilà un sacré album, traduit par l’excellent Laurent Queyssi, qui est décidément partout au sommaire de ces émissions ces derniers temps.

Le tout en musique qui swingue, comme d’habitude : du fait du regain récent d’activité de l’excellent John Bush, écoutons donc « Den Of Thieves » d’Armored Saint, issu de l’album « Revelation » ; Phthalocyanine est un peu la réponse américaine à l’IDM anglais, comme en atteste « Block », de l’album « Navy Warship » ; l’excellent combo danois blackgaze Møl vient de sortir le très bon « Dreamcrush », dont on écoute le conclusif « Crush » ; enfin, on écoute un extrait de « Willoughby Tucker, I’ll Always Love You » d’Ethel Cain, en l’occurrence « Waco, Texas »… !!!

EPISODE 16 !!!

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