Tumatxa : L'Emission ! : EPISODE 25 : Un buffle dans le Peepshow du Temps

 

Nouvelle livraison de « Tumatxa! » pour la semaine, et garantie 100 % sans humour, je vous le promets… La semaine dernière, je me suis autorisé une petite blaguounette sur le 11 septembre (tellement idiote que je ne vois pas comment on peut la prendre au sérieux, mais bon, qui suis-je pour juger) et on m’a aussi sec signalé aux magnats de la Silicon Valley. Oui, oui. Donc, cette semaine, point de blague, hein, ce sera le sérieux le plus papal tout du long. On est pas là pour rigoler.

Cinéma, BD, littérature, le tout en musique : tel est le très sérieux programme de la semaine.

Pour le cinéma : on a peu ou pas évoqué le cas de la cinématographie indienne ici, mais on ne peut pas ne pas évoquer le sidérant « Jallikattu » de Lilo Jose Pellissery (2019), exhumé en début d’année par l’éditeur Spectrum Films, et que voilà une riche idée. Film en langue malayalam (caractéristique du sud-est indien), emblématique de la production de Mollywood (jugée plus aventureuse que le reste de la production indienne, qui ne manque pourtant pas de pics qualitatifs audacieux), « Jallikattu » fait référence à une fête religieuse/populaire qui fait un peu penser à nos fêtes de Pampelune, mais dont le principe est ici détourné : un buffle s’est échappé d’un abattoir clandestin et sème la dévastation, tout en portant à son point d’ébullition le « climat social » du petit village de la province de Kerala où se déroule l’action. S’inscrivant dans la tradition du « film d’animal monstrueux » genre « Les Dents de la mer », le film ne ressemble pourtant à rien de connu. De sa stupéfiante ouverture entre Eisenstein et Terrence Malick (oui, oui), en passant par ses longs plans-séquence virtuoses, jusqu’à un final comme vous en avez jamais vu (c’est une certitude, promis), le film est proprement hallucinant.

Pour la BD, nous évoquons le corpus du regretté Joe Matt(qui nous a quittés en 2023), en nous penchant sur l’intégrale de son titre emblématique « Peepshow » (chez Revival pour la VF), beau bébé de plus de 400 pages qui regroupe pour ainsi dire la quasi totalité de la production de Matt entre 1992 et 2006. Roi du genre autobiographique et défenseur acharné de la « logique indé », Matt nous narre avec une franchise désarmante les aléas de sa vie de bédéaste en échec conjugal chronique, et soumis à quelques « travers » parfois handicapants pour sa vie sociale, comme sa pingrerie colossale, mais aussi et surtout sa méchante addiction à la pornographie… Tout ça nous est livré de manière très candide, via un sens du storytelling classique mais très affûté. De sa rupture avec sa petite amie Trish à sa relation avec ses deux collègues bédéastes Seth et Chester Brown, en passant donc par ses montages porno faits maison, Joe Matt nous apparaît comme une figure sacrément faillible et parfois même agaçante, mais aussi profondément humaine.

Pour la littérature, on revient à de la bonne vieille SF, que nous n’avions pas évoquée depuis quelques temps, et pas n’importe laquelle, puisque c’est la sublime novella de John Crowley « La Grande Oeuvre du Temps » qui va nous occuper. Rééditée tout récemment chez l’Atalante, ce texte de 140 pages initialement compris dans un recueil de nouvelles homonyme s’inscrit dans le sous-genre singulier de la SF de voyage temporel, et je dois bien avouer avoir un faible particulier pour cette veine, faite de vertige cognitif et de paradoxes insolubles. Les meilleurs auteurs savent en jouer, et c’est manifestement le cas de Crowley, qui signe ici un grand texte, dont la structure narrative singulière fait écho aux désordres temporels qu’elle évoque, sans oublier pour autant de brasser des thématiques puissantes et profondes (avec l’Histoire en toile de fond). Un petit chef-d’oeuvre, très impressionnant dans son genre.

Le tout est donc mis en musique avec soin et dextérité : on fête les 30 ans du passionnant « The Great Southern Trendkill » de Pantera, ce qui nous donne l’occasion de jeter une oreille sur le poignant « 10’s » ; Archive est de retour avec « Glass Minds », et si « Heads Are Gonna Roll » n’est pas nécessairement l’un des titres les plus représentatifs de l’album, il est probablement le plus jouissif ; Blut Aus Nord exhume son crucial « The Work Which Transforms God » (2003), l’occasion d’écouter le flippant « The Choir Of The Dead » ; enfin, on termine en beauté avec le monumental « The Outer Darkness », morceau introductif de « The Gates Of Paradise », l’un des nombreux travaux solo de l’immense Robert Fripp…!!!

« It was tempting and bared
The whoring angel rising
Now burning prayers
My silent time of losing »

EPISODE 25 !!!

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