Tumatxa : L'Emission ! : EPISODE 28 : Tremblement des yeux à New-York !!

Antépénultième (aaaah, c’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de l’utiliser, cet adjectif-là…) épisode de cette saison de « Tumatxa! ». Programme classique, certes, mais costaud ; l’émission est à bien des égards la suite de la dernière en date, durant laquelle Fleur Hopkins-Loféron nous avait prodigué quelques conseils de lecture, et durant laquelle nous avions déjà évoqué le formidable travail éditorial de 404 Graphic…
Cinéma, BD, littérature, le tout en musique : vous commencez à la connaître, la musique, justement.
Pour le cinéma, on se décolle allègrement de l’actualité et on explore le corpus d’un cinéaste assez peu évoqué sur ces ondes, via un film de surcroît pas forcément parmi ses plus fameux… mais quel film !! En effet, ce soir on évoque « Le Prince de New-York » (« Prince Of The City », 1981) signé Sydney Lumet. Même si les différences de traitement (tant scénaristiques que formelles) sont légion, comme nous le verrons, le film n’est pas sans rapport avec le bien plus célèbre « Serpico » du même Lumet. Une histoire de flic confronté à la corruption endémique de la police de New-York (la ville étant en quelque sorte l’un des persos principaux du récit), mais contrairement au flic incorruptible et sans reproche incarné par Al Pacino, l’inspecteur Ciello serait plutôt du genre à être lui-même un peu ripou sur les bords. Un cas d’école intéressant, basé sur une histoire vraie, où Lumet comme il aime à le faire s’attelle à la description d’un système inhumain et faillible qui broie les individus comme une déchiqueteuse à papier. Ambigu à souhait, et remarquablement usiné par un maître en pleine possession de ses moyens, le film mérite d’être redécouvert.
Pour la BD, les éditions 404 Graphic sont donc à nouveau à l’honneur pour la deuxième émission consécutive, avec la sortie toute fraîche de « Une Petite Dose De Tremblement » signé par Michael Conrad au scénar’ et Noah Bailey aux dessins. Nous découvrons le travail du tandem avec ce titre, et c’est peu dire que le résultat rend curieux d’en lire plus… Ginn est une jeune fille accablée de rêves étranges, hantés par un personnage mystérieux, le Dream Man. Plus étrange encore, elle semble ne pas être la seule à rêver de ce drôle de monsieur, sans avoir pourtant aucun lien avec les autres rêveurs… Ce pitch vous dit quelque chose ? Il peut en effet faire penser à une version plus noir du « Dream Scenario » de Kristoffer Borgli, et dans sa deuxième moitié, évoquer le chef-d’oeuvre de Satoshi Kon, « Paprika ». Mais que l’on ne s’y trompe pas : le récit est suffisamment riche et bien troussé pour trouver son identité propre, notamment via le graphisme très singulier de Bailey. Encore un magnifique album à l’actif de 404, décidément.
Pour la littérature, sur les bons conseils de Fleur Hopkins-Loféron, évoquons donc « As-tu mérité tes yeux ? » (quel titre) d’Eric LaRocca. C’est le seul titre de l’auteur traduit en VF à ce jour, mais on espère qu’il sera bientôt suivi par d’autres. Cette novella est un « slow burner » remarquable de perversité, se présentant sous une forme épistolaire « next gen » (comprendre : échange de mails et de dialogues via Messenger) : Agnes et Zoe ont des échanges électroniques plutôt badins sur la vente d’un épluche-pommes par la première, intéressant la seconde. Et après 30 pages en apparence anodines mais où une tension sourde s’intalle insidieusement, les choses se mettent à vriller. Mais à quoi a-t-on à faire exactement ? Un narrateur non fiable ? Deux ? Trois, si l’on compte LaRocca dans le lot ? Le tout se termine fort mal, comme de bien entendu. Une lecture qui prend littéralement aux tripes, et une plume à suivre de près.
Le tout est comme à l’habitude sacrément épicé à la musique que l’on aime : on fête les 40 ans du mythique « Epicus Doomicus Mettallicus » de Candlemass en écoutant le surpuissant « Crystal Ball » ; on revient sur le corpus de l’excellent Clark avec « Relentless Opponent », extrait de son dernier EP en date « Opponent Stims » ; les excellents londoniens de Deathcrash sont de retour avec « Somersaults », leur troisième album, dont est issu « The Thing You Did » ; enfin, on termine en beauté avec l’épique et planant « Balance », morceau d’ouverture de « All Gates Open », la dernière offrande en date des désormais très fameux Blood Incantation…!!!
« Black heart, your soul is mine
Gaze into and the secrets you’ll find
Just read the signs »


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