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Critique de Ashidaka The Iron Hero #1

par Tampopo24 le dim. 27 sept. 2020 Staff

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Gunnm au pays des multibras !

J'ai découvert Ryo Sumiyoshi il y a quelques années avec l'excellent Centaures qui fut aussi bien une expérience graphique qu'émotionnelle, une lecture vraiment à part et marquante. Cependant, quand j'ai entendu parler d'Ashidaka lorsque Glénat en a commencé la publication numérique en simultrad avec le Japon, je n'ai pas été plus emballée que ça. Je n'avais pas l'impression de retrouver la patte graphique de l'autrice qui m'avait tant plu. Mais les copains blogueurs ont tellement fait d'éloges sur la sortie du premier tome en relié que j'ai eu envie de me faire mon avis moi aussi.

Avouons-le tout de suite, je suis ravie d'être allée au-delà de mes a prioris parce que j'ai adoré ce que j'ai découvert. Certes, nous sommes loin de l'ambiance graphique de Centaures et contrairement à ce titre, je n'ai pas vécu une expérience graphique folle avec Ashidaka, cependant l'autrice ne s'est pas perdue pour autant. Elle a adapté son style au type de récit qu'elle propose, un cyberpunk sale et sombre qui fait mal là où il passe. On retrouve d'ailleurs toute la force de son trait déjà présent dans Centaures, dans les regards et les faciès en colère ou frustrés des personnages, ainsi que dans la vivacité des scènes d'action qui sont à couper ou plutôt déchirer au couteau. Le revers de la médaille, c'est tout de même que cela manque de lisibilité parfois. Cela pousse du coup à s'attarder sur les pages pour tenter de comprendre alors que le rythme du récit pousse plutôt à aller plus vite. Déstabilisant et pas toujours plaisant.

Le récit proposé, lui, l'est bien plus. C'est clairement lui qui fait toute la force du titre et qui a retenu mon attention. Cependant il n'est pas forcément simple d'en parler tant ce premier tome nous plonge progressivement dans les méandres d'un monde à multiples mystères et ramifications.

Tout commence dans un monde futuriste et sombre, où chaque être "humain" né en possédant une paire de bras supplémentaire en acier. Cette évolution a eu lieu après l'attaque et la défaite d'un monstre mythologique : le démon aux 100 bras d'acier. Sauf que dans cette société, des êtres naissent avec des paires de bras supplémentaires et ils sont rejetés, abandonnés ou tués car ils représentent une menace. On pense qu'ils seront à l'origine du retour de cette horrible bête mythologique.

Le héros fait bien sûr partie de cette caste de multibras. Il vit dans une décharge avec un ami-mentor-père. Ensemble, ils chassent les droïdes desquels ils se nourrissent, prélevant sur eux huile et pièces détachées dont ils ont besoin pour survivre. Ashidaka n'est d'ailleurs pas bien doué pour le combat, lui son truc c'est de démonter les droïdes. Sauf qu'Ashidaka n'a jamais oublié sa mère. Il tente donc d'aller la voir en ville mais tout le monde l'y persécute. Mais un beau jour, un immense mille-patte, sorte de réincarnation du démon aux 100 bras d'acier surgit et attaque la ville.

Voici les débuts de l'histoire, mais il y aurait encore mille choses à dire sur l'univers. Celui-ci, d'inspiration cyberpunk est extrêmement riche. Il m'a à la fois fait penser à Gunnm bien sûr, pour ce héros qui vit dans une décharge rejeté par ceux de la grande ville, mais également à District 9 quand on les voit combattre les droïdes. Cela plante de suite un décor âpre, sombre et mature et j'ai été surprise de voir le titre classé en shonen, mais tant mieux si l'on ose aussi proposer des récits plus durs comme celui-ci, cela montre la variété du genre.

J'ai beaucoup aimé l'art de la narration dont fait preuve Ryo Sumiyoshi, qui nous amène petit à petit vers un récit de plus en plus dense et mystérieux reposant sur une mythologie simple mais solide qu'elle explique progressivement sans que cela alourdisse son récit. Celui-ci est vif, oppressant et surprenant. Nous sommes dans un univers dystopique où racisme, rejet et persécutions sont au coeur de l'histoire. Cependant, l'autrice l'englobe dans un récit d'aventure avec des combats, des mystères mais aussi de l'espoir et de beaux sentiments.

Comme dans Centaures les personnages sont particulièrement bien travaillés. J'ai beaucoup aimé la relation père/mentor-fils/élève qu'il y a entre Ashidaka et Geji. C'est plein de douceur et d'amertume pour ses deux personnages que la vie a bien malmené mais qui ont trouvé une forme de réconfort dans leur présence mutuelle. J'ai également aimé que l'autrice ne fasse pas de la mère d'Ashidaka une caricature, le lien qui l'unit à son fils est plus profond et complexe. Enfin, le groupe de rebelles qu'ils vont croiser dans la deuxième partie offre de belles réflexions sur le sentiment de persécution et sa réciprocité. C'est vraiment sombre mais tellement humain. Je ne vais pas en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte.

En bref

Ne vous arrêtez pas à la couverture pas très vendeuse de Glénat, ni aux dessins un peu austères peut-être si on se contente de feuilleter. L'univers proposé par Ashidaka The Iron Hero est vraiment très prometteur. Il met en scène une aventure sombre dans un monde à la mythologie bien posée mais sans concession et offre de belles réflexions sur le racisme et les persécutions, le tout dans un univers de cyberpunk qui plaira aux amateurs de SF et de Gunnm. Foncez !

8
Positif

Le retour de Ryo Sumiyoshi

Une shonen sombre, âpre, oppressant

Une narration terriblement efficace

Une mythologie dense que l'on découvre progressivement

Des personnages très bien écrits avec de belles relations

Un portrait sombre et réaliste

Les thèmes du racisme, du rejet et de la persécution

Un univers cyberpunk très bien exploité

Des mystères

Negatif

Des dessins plus faibles que dans Centaures

Des planches parfois fouillis notamment lors des combats

Une couverture peu vendeuse

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