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Critique de Pour Le Pire #1

par MassLunar le sam. 22 mai 2021 Staff

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Chronique d'une noce funèbre

Si on lance un bref et rapide coup d'oeil à la 1ère de couverture, on pourrait penser que Pour le pire s'apparenterait à un petit manga shojo dans la plus pure romance avec ce couple de tourtereaux en tenues de mariage... mais c'était sans compter le regard un peu inquiétant de la mariée ou les quelques gouttes de sangs qui viennent légèrement tâcher le titre de cette série.

Puis, après avoir lu le résumé, on finit par tourner les pages et on se retrouve devant un thriller psychologique dont la confrontation n'a presque rien à envier à un duo Clarice Sterling/Hannibal Lecter, un thriller inquiétant assortie d'une pointe d'humour noir et surtout mis en valeur par un couple de personnages brillants dont les réactions sont à la fois imprévisibles et délectables ce qui nous promet quelques bons moments bien intenses dans ce remarquable jeu de manipulations ! 

Derrière ces sueurs froides, nous retrouvons un mangaka fétiche de chez Glénat en la personne de Taro Nogizaka, dessinateur d'une série médicale Team Medical Dragon et Le 3e Gédéon, une série historique qui se déroule pendant... La Révolution !

Pour ce dernier titre, Nogizaka-san nous a concocté un petit seinen diabolique au scénario assez surprenant.  Arata Natsume est un employé de l'aide sociale un peu bourrin qui met un point d'honneur à aider les enfants victimes de maltraitance, quitte à utiliser ses poings. Un jour, l'un des enfants dont il garde le suivi lui avoue entretenir une dangereuse correspondance avec une tueuse en série, Shinju Shinagawa , coupable notamment du meurtre de son père. Suite à un dangereux quiproquo et afin d'écarter l'enfant de tout danger, Natsume décide de rencontrer en personne la mystérieuse tueuse... Une première rencontre  qui va se solder sur une promesse de mariage totalement irrésolue et irréfléchi de la part d'un Natsume pourtant bien déterminé à découvrir la vérité sur les meurtres de la clown tueuse. 

Avec Pour le Pire, Taro Nogizaka joue à sa manière la carte de la confrontation psychologique entre le tueur et l'enquêteur, un thème récurrent dans le monde du thriller tout support confondus. C'est la promesse ambiguë du mariage et de cette romance manipulée qui fait le sel de ce seinen subtilement décalé dont l'intrigue est aussi bien reflétée à travers les dialogues acérés que par les sublimes expressions des personnages. Le dessin de Nogizaka est juste sublime et se concentre essentiellement sur les gros plans entre les personnages, sur ce jeu de regard et de manipulation qui joue aussi bien sur ce qui est dit et sur ce qui est montré. Forcément, le coup de cœur provient surtout du personnage énigmatique de Shinju Shinagawa, la tueuse. C'est simple :chacune de ses apparitions transperce la page. L'auteur distille chez cette antagoniste un mélange attirant de beauté désaxé, de froideur et de folie. Son sourire édentée la rend aussi bien vulnérable qu'effrayante, tantôt humaine, tantôt bestiale... C'est un personnage des plus ambivalents, à la fois glauque et attirant. Rien que pour ces différentes facettes, Shinju Shinagawa est peut-être l'un des meilleurs personnages manga du moment. Dans tous les cas, on sent que le mangaka a mis en force tout son style expressif pour la curieuse et menaçante Shinju qui, même derrière une vitre renforcée, fait ressentir une menace tout simplement délicieuse. 

Mais la fiction est d'abord centrée sur Natsume, cet employé d'aide à l'enfance. Par son caractère emporté mais malin, ce dernier illustre bien le côté tragicomique du manga. C'est un personnage à la fois crétin et intelligent qui s'embarque dans cette union dans le but de percer les secrets des meurtres de Shinju... Un personnage très intéressant qui allège un peu le côté glauque du titre tout en incarnant à sa manière une certaine tension toute ambiguë. Est-il déterminé à résoudre ses meurtres pour aider les proches des victimes où sera t'il lui-même une nouvelle proie dans la toile de la tueuse ? 

Outre la confrontation et ce jeu de manipulation entre les futurs (ou pas) mariés, Pour le pire annonce aussi un seinen qui va aborder les thèmes graves de la maltraitance, notamment à travers le passé de Shinju. Ce premier volume donner le ton : le loup est-il un ancien agneau ? Ou le loup a t'il toujours été un loup ? L'intrigue est lancée et l'auteur parvient à aménager un redoutable suspense psychologique assortie une véritable réalité sociale. A voir ce que le prochain opus nous réservera mais Pour le pire démarre annonce le meilleur ! 


En bref

Le tome 1 de Pour le Pire donne le ton en nous présentant un sacré couple qui va s'apprivoiser et s'étudier à travers un remarquable jeu de manipulation. Ce thriller psychologique est affirmé par le style expressif de Taro Nogizaka qui prend un malin plaisir à nous présenter la redoutable et attirante Shinju Shinagawa... quitte à se laisser piéger dans sa toile.

9
Positif

Une remarquable confrontation sublimée par un jeu expressif jubilatoire

Shinju Shinagawa ... une superbe et mystérieuse antagoniste

Le thème de la maltraitance qui vient étoffer le thriller

Un zeste d'humour emmené par l'impulsivité du personnage de Natsume

Negatif

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