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Critique de Spawn #2026

par Ben-Wawe le mar. 4 août 2026 Staff

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Des trahisons, des manipulations, des combats épiques et impossibles... mais aussi des moments qui titillent un peu la suspension d'incrédulité du lecteur

Delcourt poursuit la publication de l'univers de Spawn, avec désormais ce format « annuel » : proposer un tome réunissant les douze épisodes d'une année civile, afin d'offrir un tout cohérent au lecteur dans un beau volume, alliant qualité et prix. La formule a été lancée avec succès sur Spawn 2025 (cliquer ici pour la critique), qui relance formidablement bien la franchise après le choc du placement de Nyx en Reine des Enfers par Al Simmons lui-même. Cela s'est poursuivi dans King Spawn 2024-2025 (cliquer ici pour la critique), où ce titre secondaire a été réorienté sur les fondamentaux de la saga infernale avec réussite.
Nous avons désormais en juillet 2026 la suite de l'intrigue principale, où Al Simmons a dû gérer l'extension des Zones Aveugles par Nyx, ce qui a privé de pouvoirs les créatures célestes et démoniaques sur Terre. Les Vampires, dirigés par leur monarque Bludd, en ont profité pour prendre le contrôle de la communauté surnaturelle, alors que Spawn a repris la lutte avec son entraînement militaire.
Cependant, le précédent tome a mené Nyx à prendre une décision à contre-coeur : ressusciter Spawn, décédé lors de ces événements funestes, afin de sauvegarder sa place dans ses plans... mais, ainsi, Nyx a rendu ses pouvoirs à Al, et à toutes les autres créatures démoniaques et célestes ! L'équilibre est ainsi changé, et la Reine des Enfers doit accélérer la mise en œuvre de sa stratégie alors que les autres clans entendent répliquer brutalement à ses manœuvres.

Et que se passe-t-il dans Spawn 2026, désormais ?
Al Simmons rejette, juste après sa résurrection, le piège du Mandarin Spawn, qui se fait passer pour Wanda revenue à la vie. Alors que l'entité nommée Colère de Dieu prépare à libérer ses armées sur Terre et en Enfer, Gaïa n'apprécie pas non plus les manœuvres de Nyx et envisage de « nettoyer » la planète une fois de plus. Nyx a conscience qu'elle a dû se découvrir plus tôt qu'elle ne le pensait, et elle envoie une arme massive et gigantesque pour menacer la Terre.
En réalité, ce géant destructeur vise à attirer Al Simmons, pour le piéger encore et profiter de sa puissance. Spawn réunit néanmoins plusieurs alliés, qu'ils soient d'autres Hellspawns comme lui, mais aussi des super-humains sans lien avec le Ciel et l'Enfer... et encore des créatures célestes et démoniaques. Tous comprennent qu'il faut stopper l'entité pour survivre, alors que Simmons a une fois de plus sa propre stratégie.
En parallèle, Cogliostro est bien devenu Sinn, et il manœuvre dans le but de ressusciter une entité qu'il veut manipuler. Il réalise plusieurs actes violents pour y parvenir, avec Al Simmons qui décide de former une alliance imprévue avec un récent ennemi... mais aussi de se doter d'un ajout étonnant en lieu et place de sa cape !

On le comprend, Todd McFarlane poursuit la nouvelle orientation de sa série avec cette suite. Toujours aux commandes de son titre phare et légendaire, le fameux créateur cesse finalement assez rapidement de jouer avec un Spawn sans super-pouvoir, pour embrasser pleinement une approche d'abord « super-héroïque » des personnages.
En effet, alors que les trois forces cosmiques principales (Ciel, Enfer, Gaïa) s'organisent pour leurs conflits, Nyx continue ses actions pour piéger Al... qui réunit une vingtaine de personnages de son univers pour stopper le monstre qu'elle lui envoie.
L'on a ainsi l'impression d'une réunion « à la Avengers » des différents héros, vilains, antihéros de la grande saga infernale face à une menace qu'aucun d'entre eux ne peut stopper seul. Cela surprend d'abord un peu, mais c'est rapidement réjouissant de voir ainsi plusieurs têtes connues, plusieurs figures que l'on a découvertes dans d'autres récits. Cela conforte pleinement la stature de grand chef d'Al, ou plutôt de patron global, et cela fonctionne fort bien avec son attitude, son arrogance mais aussi son efficacité.

Les dessins dynamiques, détaillés mais surtout très clairs de Brett Booth participent aussi à cette orientation « super-héroïque ». Le dessinateur tranche clairement avec des ambiances graphiques bien plus sombres, bien plus oppressantes également, comme celles qu'ont pu développer un Greg Capullo jadis, ou surtout un Szymon Kudranski.
Ce n'est pas un mal, cependant. Le dessin de Todd McFarlane, de base, n'est pas abusivement sombre, et c'est en soi une forme d'ouverture assumée par le scénario. C'est ainsi une révolution qui se poursuit, une réinvention pertinente pour acter que le monde a désormais connaissance des êtres surnaturels, ce qui est légitime vu la quantité de catastrophes qui se sont déroulées depuis plus de 350 numéros désormais.
Le scénario accompagne et justifie pleinement cette approche, et l'ensemble fonctionne ainsi fort bien, avec le plaisir de plonger dans un vrai univers partagé. Et la réussite de Todd McFarlane de toujours trouver de nouveaux aspects à interroger autour de sa création, ou de ses adversaires.

Cependant, si la lecture de Spawn 2026 est agréable, prenante, fluide et fun, il faut aborder la deuxième partie du tome, et des éléments qui peuvent surprendre... presque abusivement.
En effet, après le rassemblement « super-héroïque », l'intrigue sur Sinn reprend le dessus. Je ne suis pas fan du changement de Cogliostro vers ce rôle d'aspirant conquérant mondial, surtout avec ce look de « Lex Luthor à barbiche ». D'autant que son projet de ressusciter une entité surprend, marque clairement le lecteur, mais avec le sentiment d'un retour en arrière dont l'on n'avait pas forcément besoin.
Enfin, la stratégie d'Al de s'allier avec un ennemi est légitime, mais l'ajout qu'il prend pour remplacer sa cape fait un bel effet graphique sur le moment, mais ne fonctionne pas sur la durée. Et la dernière image, où l'entité ressuscitée se transforme en un animal préhistorique (!), fait quand même lever les yeux au ciel.
Attention, l'univers de Spawn a toujours été « abusif » dans plusieurs aspects, entre l'ampleur des drames subis, les réécritures de l'univers, le nettoyage de la Terre, et tant d'autres. Mais ces éléments peuvent ici choquer la suspension d'incrédulité du lecteur, ce que l'on définit comme l'effort d'un lecteur qui lève ses doutes réalistes face à une fiction dans un contrat tacite.
Là, clairement, « ça va un peu loin » même si ça peut aussi faire sourire.

En bref

Une belle suite de la réinvention réussie de Spawn. S'il est un peu dommage de perdre déjà les aventures d'un Spawn sans super-pouvoir, il est très agréable de voir une réunion de tous les héros, vilains et antihéros « à la Avengers ». L'orientation surprend, mais fonctionne dans le scénario, dans le rythme très prenant et fluide, et dans les dessins agréables et clairs. La deuxième partie du tome se lance dans des ajouts « surprenants », qui peuvent faire tiquer mais qui peuvent autant accrocher que faire sourire, même si les curseurs sont poussés loin.

7
Positif

Une réunion réussie et épique des personnages sous l'égide de Spawn.

Les réinventions constantes et surprenantes de Todd McFarlane sur sa série.

Un graphisme très agréable et clair, bien servi par le scénario.

Negatif

Objectivement, une réorientation qui peut surprendre quelques lecteurs.

Des personnages réunis derrière Spawn, mais beaucoup en arrière-plan.

L'intrigue avec Sinn en deuxième partie, qui multiplie les moments qui poussent un peu loin la suspension d'incrédulité.

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