L'analyse de Denny Colt des New X-men - Dernière partie

Découvrons la suite et fin de l'analyse du run mémorable de Grant Morrison sur les mutants.

SERIENEW X-MEN

SCENARISTEGrant Morrison

édité en France par Panini Comics

 

 

SEXE ET VIOLENCE

SEXE

Le thème du sexe est ainsi omniprésent au cours du run. Cause première de la procréation donc de l'évolution, il reflète à la fois l'enjeu de l'intrigue (la conquête de la planète) et ses péripéties (les atermoiements amoureux et les marivaudages). Ainsi Ethan Van Sciver va cacher tout au long d'un épisode le mot SEX dans ses planches (n°118), et les New X-Men vont être relookés en groupe plus séduisant et agressif. Cyclope, Emma, Wolverine et Jean sont présentés sous un angle plus sexy, et cette fièvre du désir va se propager autour de l'Institut et dans ses diverses filiales : comme Mr Nobody avant eux, les X-Men militent pour une «Planet Love».

Les fantasmes de Scott sont partagés par Emma lors d'une liaison télépathique, Angel et Bec couchent ensemble et Angel se retrouve enceinte, le Fauve connaît une déception auprès d'une ancienne conquête journaliste et se venge en prétendant être gay, Wolverine s'envoie en l'air à Hong Kong avec leur alliée Domino, Esme tombe amoureuse d'un garde impérial infiltré dans l'école avant de succomber à Magneto et trahir à son tour... Même au tournant d'une case, on peut repérer des indices de cette atmosphère : les membres du X-Corps de Paris se désapent dans des vestiaires mixtes, Fantomex note le wonderbra de Jean Grey et Bec sort un préservatif, une première dans un comic-book Marvel tous publics.

 

Les coquins

De plus, la roseraie de l'Institut Xavier est le lieu proéminent ce Chemin du Tendre : c'est dans cette partie qu'Esme est séduite par le Garde Impérial, avant qu'elle et ses sœurs ne le reprogramment. C'est également au milieu de ces roses rouges symboliques, que ces « jeunes filles en fleur » enterreront l'une des leurs et annonceront leur départ à Emma. De même, Emma y recherchera le soutien de Scott et c'est ainsi que les amants y seront découverts par Jean.

Comme à son habitude, Morrison convie le sous-texte par des motifs récurrents et notamment des lieux signifiants.

Si E signifie Extinction et Evolution, c'est également le cas pour Education et les différentes parties du manoir et du domaine de Xavier ont toutes leur importance quant au discours déployé. La salle des dangers de salle d’entrainement virtuel, devient un refuge pour les journalistes présents lors de l'attaque de la Garde Impériale. Comme dans les films, Cerebra, moteur de recherche pour les mutants disséminés sur le globe, occupe une place importante. Et la cabane de Wolverine dans les bois est un lieu de refuge dans lequel Angel, la sauvageonne, met au monde les bébés qu'elle a eus avec Bec.

 

Place à la vie 

Morrison va de même élargir le terrain jusqu'à la planète entière voire le système solaire : tout l'enjeu de la lutte secrète entre Sublime et les mutants tournant autour de leur conquête. Les X-Corporations vont se multiplier aux quatre coins du globe. Le lieu secret de confection des Super-Sentinelles est appelé le Monde. Xorn était prisonnier en Chine, à cause de la politique xénophobe du pays. Magneto désire inverser les pôles pour imposer sa loi. La face cachée de la Lune est le repère de l'oeuf du Phénix. Et même le Soleil sera le lieu du dernier baroud de Jean et Wolverine.

 

VIOLENCE 

L'ampleur et la sensualité des échanges n'auraient pas tant de force si Morrison ne veillait pas à apporter le même soin au traitement de la violence. S'il est tout à fait capable de rendre des combats entre surhommes à l'action divertissante et imaginative comme le prouve le combat X-Men / Garde Impériale, il lui est possible dans le même temps d'apporter un autre rendu dans ce qui est des assauts psychiques.

Plus intimes et dérangeantes, ces scènes de tortures et d'humiliation par le contrôle télépathique, rentrent dans la grande lignée des affrontements sur le plan de l'esprit qu'a connue la série. Dès lors ce n'est pas un hasard si les mutants aux pouvoirs mentaux sont légion : Xavier, Emma, les Stepford Cuckoos, Quentin Quire, Martha Johansson, la petite Ernst... la prédominance de ces mutants est souvent rappelée au cours du run et il n'est pas rare de voir héros comme ennemis se prémunirent de ces attaques ou d'en subir les foudres. On voit entre autres le Fauve perdre sa dignité et se conduire comme une bête, Emma revivre ses jeunes années, Cassandra piéger Xavier dans un corps victime d'Alzheimer, Wolverine perdu dans des souvenirs dont il ne peut distinguer la véracité, l'Arme XII prendre possession par simple contact, Esme effacer la mémoire de Bishop et Sage, les enquêteurs de «Meurtre au Manoir»...

 

Les télépathes occupent une place importante dans cette série

 

Il est évident pour Morrison que la déchéance mentale est aussi grave sinon pire que celle physique. La question fondamentale qui le taraude, depuis Doom Patrol, «qui domine du corps ou de l'esprit ?» court tout au long du run, notamment dans les nombreuses apparitions de cranes ou de cerveaux détachés des corps. Le motif apparaît rapidement dès le n°116 et le Fauve tenant le haut d'un squelette de victime de Genosha, comme celui d'un Iago mutant.

Mais on le trouve aussi avec le personnage de Martha Johanssen, la tête de Sophie qui guide les Stepford Cuckoos, le cerveau pilotant une machine de guerre du Monde, Fantomex qui possède un système nerveux autonome en la personne d'E.V.A., l'esprit d'Emma qui survit alors que son corps de diamant est réduit en morceaux, le crâne de Bumbleboy qui converse après sa mort avec le Phénix etc... sans compter l'épisode 121 , une introspection merveilleuse et surréaliste dans le cerveau de Xavier, magnifiée par le dessin de Frank Quitely.

 

SPOILERS XORN / MAGNETO

Cette réflexion sur la dualité corps/esprit n'est toutefois jamais aussi bien posée que par le personnage de Xom et la dimension graphique passionnante de son masque : un casque de fer sculpté comme un crâne de squelette.

On apprend en effet dans le n°146 que Xom est en fait Magneto déguisé, que son passé de prisonnier politique a été inventé par ses disciples et que ses aptitudes de guérisseur sont des leurres, des utilisations déguisées de son pouvoir sur le magnétisme. Or, Magneto avait depuis Claremont été dépeint comme un anti-héros hanté par son passé de prisonnier des camps nazis, plus que comme un tyran terroriste. Le retour au mégalomane débitant des tirades pompeuses ne s'est pas fait sans heurts et les réactions de nombreux fans du personnage voire de créateurs*, mais s'explique en grande partie par la sous-intrigue de Sublime agissant via la drogue Kick, drogue que consomme ardemment Magneto au long de Planète X.

*le torrent d'insultes de Patty Cockrum à l‘encontre de cet arc et du scénariste.

La surprise du chef 

 

Mais c'est également un discours habituel chez Morrison de rejet d'embrigadement et des positions fanatiques ou militaristes qu'il renvoie dos à dos. Activiste pacifiste, il dépeint ainsi Magneto comme le soldat du numéro 129 qui compense son absence de père par son agressivité ou le terroriste aérien du n°133.

Magneto est pour Morrison le symbole d'une pensée archaïque et désuète qui mène le monde au bord du précipice, et Xorn devient alors sa conscience, l'idéaliste perdu dans le fanatique.

Il y ajoute l'importance du masque, sujet morrisonien fréquent : cet instrument qui révèle la vraie personnalité, qui permet de confondre ses interlocuteurs et de se recréer devant eux. Là où la tête de Magneto engoncé dans son casque et ses idées racistes apparaissent sur les T-shirts et posters des rebelles de l'institut Xavier, le masque de Xorn bienveillant autant qu’effrayant représente la confiance et le partage pour la classe spéciale qu'il dirigeait. Magneto s'est piégé dès lors qu'il s'est créé cette identité.

Et si message il y a au long des épisodes des New X-Men, c'est bien celui d'une éducation progressiste et ouverte au monde et aux arts, loin des penchants actuels et réactionnaires du tout- répressif. La mort de Magneto passe ainsi par une décapitation. Ce n'est pas une révolte mais une révolution.

 

CONSTAT SUR L'INDUSTRIE

Comme à son habitude, Morrison n'hésite pas à se questionner lui-même sur sa participation à un discours dominant véhiculé par ses productions de divertissement. On voit ainsi apparaître dans «l’Assaut de l'Arme plus», le directeur chauve du projet Super-Sentinelle, projet qui rappelle, dans son Q.G. et ses surhommes programmés, la Justice League of America qu'il animait avant de rejoindre Marvel. Il apprend ainsi à Fantomex que le génocide mutant était prévu pour être dissimulé par les aventures marketées de ces purificateurs déguisés en héros de comic-books, histoire de dénoncer la fabrication du consentement via la société du spectacle.

Grant Morrison interroge à nouveau le besoin de transformer la Violence en divertissement mais cette fois dans un contexte plus tendu et violent : l'après 11 septembre qui a vu l'antagonisme entre les cultures, civilisations et religions s'intensifier. Ses X-Men synthétisent ses approches de JLA et des Invisibles : aux premiers, il reprend l'ampleur et la démesure, aux seconds, il emprunte l'activisme et la volonté de changer la société. Dans les trois séries, on constate sa croyance en un progrès futur inévitable, relayé par l'imaginaire collectif et l'accès de la sous-culture des comics à l'espace public.

 

Et c'est au sein des Marvel Comics de l'époque Jemas/Quesada, qu'il a pu trouver un contexte appréciable à s'interroger sur le pourquoi de la redondance des intrigues et sur comment les renouveler.

Toutefois, cela ne se fit pas sans heurts et très tôt on vit une valse des dessinateurs, dont certains ne furent pas traités de la manière la plus agréable : comme Ethan Van Sciver qui dut, entre autres, abandonner une mini-série sur Jean Grey ou Igor Kordey qui eut un week-end pour réaliser un épisode entier. Il n'en reste pas moins qu'entre ces derniers, Frank Quitely, John Paul Leon encré par Bill Sienkiewicz, Keron Grant, Chris Bachalo, Phil Jimenez et même Marc Silvestri qui retrouvait un peu de sa superbe, la partie graphique se redécouvre avec plaisir, offrant un éventail éclectique et particulièrement bien utilisé.

On alterne ainsi entre les ambiances réalistes et angoissantes de Kordey sur la lutte contre l‘Arme Douze, le découpage confus et les machineries fantasques de Bachalo qui conviennent si bien au «Monde» de l'Arme-Plus et l'ampleur détaillée et cinématographique de Jimenez pour le tonitruant conflit de «Planète X».

Malheureusement, comme pour rappeler l'emprise inévitable du statu quo chez les responsables éditoriaux frileux, les auteurs et séries qui suivirent le départ de Grant Morrison, ont eu tôt fait de passer à la trappe ses trouvailles et concepts.

Qu'importe, les New X-Men restent encore à ce jour pour les Marvel Comics, l'étendard sexy et bouillonnant de cette parenthèse enchantée.

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