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Critique de Les Tortues Ninja #1

par Ben-Wawe le mer. 3 sept. 2025 Staff

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Une porte d'entrée ou de retour idéal pour des Tortues Ninja divisées qui doivent classiquement se reconstruire malgré de lourds traumatismes, dans un récit intense, très violent et amer

HiComics, éditeur français des fameuses Tortues Ninja, frappe un grand coup dans un paysage comics francophone marqué par des chiffres de vente difficiles. En effet, alors que l'excellent et touchant run de Sophie Campbell sur TMNT Reborn poursuit sa publication en VF (cliquer ici pour un focus sur ce fort beau quatrième tome), la maison d'édition ose coller à l'actualité américaine en proposant cette relance Teenage Mutant Ninja Turtles quelques mois à peine après sa sortie VO !
Ce nouveau volume vient de débuter en août 2024, et HiComics en livre ici les épisodes 1 à 6, alors que ce dernier est sorti en VO fin janvier 2025. Une belle rapidité d'exécution dans la traduction, publication et mise en forme, le tout dans un volume particulièrement agréable au toucher, doté d'une fresque intérieure superbe et de beaux bonus graphiques.
Cependant, l'attrait de cette relance ne tient pas uniquement au fait que l'éditeur VO, IDW, ait attendu 150 numéros de sa série régulière (dont les intégrales, comme la septième à découvrir ici, peuvent faire la joie des lecteurs en retard) pour reprendre au n°1. L'excitation de lecture vient également du principe de base de la série, ainsi que des auteurs affiliés – dont le scénariste, Jason Aaron, est un atout majeur !
Celui qui a écrit avec brio sur Thor, Wolverine, The Avengers chez Marvel, Scalped et Absolute Superman à la concurrence est bien une « sacrée prise » pour IDW, qui l'accompagne de dessinateurs accomplis et aux styles léchés, pour un projet classique mais efficace et surtout intense concernant nos chères tortues.

Mais de quoi parle Teenage Mutant Ninja Turtles : Retour à New York, finalement ?
Depuis quelques mois, et un événement terrible dont l'on ne sait rien et dont personne ne parle, avec même des doutes sur les versions les quatre frères du Clan Hamato sont séparés et bien loin de chez eux. New York semble les rejeter, notamment via l'action publique du procureur en chef, Hieronymus Hale, un être vil et violent qui s'est associé au Clan des Foot étonnamment actif et brutal. La ville est sous oppression policière, et Casey Jones en fait les frais, poussant April à jurer vengeance.
De leur côté, chaque frère tente d'oublier son traumatisme à sa façon. Raphael est en prison, et il a formé un accord avec le directeur pour espionner et tenir en joue les détenus rebelles, mais il est pleinement seul et paranoïaque. Michelangelo est une star d'action dans une série japonaise, jouant un rôle dans le privé pour amuser les investisseurs et tromper son ennui et sa tristesse. Leonardo s'est retiré sur une plage où certaines tortues se nourrissent en dévorant les morts, espérant servir le cycle de la vie car la sienne lui paraît fort vide. Et un Donatello fracassé par ses changements de corps et errances temporelles se perd dans des illusions (notamment une fixation sur un rat qui lui parlerait...), et est enfermé dans une arène de tabassages de Mutants, même si notre tortue attire à lui tous les combats pour que les autres survivent.
Lentement mais sûrement, les quatre tortues se réunissent face à une menace familière et commune, mais l'union sacrée ne tient guère. Les inimités demeurent et se sont amplifiées, et le voyage retour à New York est un chaos brutal, désorganisé, pathétique par moments, et particulièrement vulgaire dans les échanges entre des frères qui ne se comprennent plus, et n'y arrivent plus...

On le comprend, le scénariste Jason Aaron et IDW lancent une ère nouvelle et particulièrement brutale pour les Tortues Ninja.
Après le long et formidable run cohérent et cadré de Tom Waltz sur les 100 premiers numéros, puis le passage construit, pertinent et poétique de Sophie Campbell, cette relance propose une vision plus brutale, plus sèche, plus amère, plus désespérée des tortues.
Quelque chose s'est très mal passé, et cela les a brisées ; toutes. Elles tentent de se remettre par sursaut de fierté, mais ce n'est pas suffisant et elles touchent ainsi le fond, le lecteur pouvait espérer qu'elles l'aient atteintes, afin de croire en un rebond.

En soi, le procédé est objectivement classique : quantité d'oeuvres ont joué ce morceau, et l'on peut même penser cinématographiquement à The Dark Knight Rises, voire même le premier film des Tortues Ninja, où en 1990 déjà nos héros étaient brisés et séparés par leurs fougues, avec l'impératif de se reconstruire ensemble.
Cependant, malgré son manque d'originalité, l'approche est bonne, car elle permet de bien caractériser les personnages, et d'offrir à chacune d'elles un numéro quasi unique (car très vite, des duos se forment, et Donatello bénéficie d'un micro-one-shot promotionnel au début en plus). Jason Aaron adapte ainsi son écriture à chaque personnage, et il montre qu'il maîtrise bien la psychologie, l'environnement et les espoirs de chaque tortue – car chacune pense trouver sa « fin idéale », mais n'y a pas son compte, par ennui et manque de ses frères. Une caractérisation simple mais diablement efficace.

Le scénario gère ainsi fort bien les caractères, et forge un adversaire classique mais bien oppressant avec ce procureur Hale, qui a des motifs pour haïr les Mutants mais se perd dans ses défauts. L'attitude du Clan Foot interpelle et intrigue, alors qu'il est agréable de revoir Casey et April.
Dommage, cependant, que les dialogues entre frères soient particulièrement salés. Cela peut choquer ou non, cela correspond en soi aux tensions entre eux, mais le dernier épisode a un nombre abusif de « ferme-la », ce qui lasse à la longue.

Graphiquement, IDW a mis les petits plats dans les grands.
Joëlle Jones illustre avec force le chapitre de Raphael en prison, sans la sensualité de ses personnages féminins mais avec la fluidité de son style.
Rafael Albuquerque donne une atmosphère étrange, décalée et troublante au quotidien des excès japonais de Michelangelo.
Cliff Chiang utilise son trait simple, direct et poétique pour la tentative de martyr de Leonardo, tout en retenue.
Chris Burnham s'acharne sur l'environnement glauque et sale de l'arène horrible de Donatello, et dresse un portrait terrifiant de notre héros rachitique et perdu.
Darick Robertson gère la réunion globale en se concentrant également sur Hale, avec le talent qu'on lui connaît pour les sales types humains.
Et Juan Ferreyra entame un run avec Jason Aaron au retour à New York, avec une ambiance léchée, des tortues très bien croquées, et un ton amer sur chaque page.
Un sans-faute, donc, et une fort belle idée de multiplier les auteurs et les approches, surtout au vu du résultat.

En bref

Relance brutale, sombre, amère et désespérée pour des Tortues Ninja bien mal en point... mais dans une bien bonne histoire, et un bien beau volume ! HiComics a raison de précipiter une sortie fort intense et prenante, avec une narration classique mais maîtrisée, des héros fracassés mais passionnants à suivre, et plusieurs dessinateurs très adaptés pour de bien belles ambiances. Une réussite à ne pas manquer, même si ce ne sont clairement plus les Tortues Ninja de notre enfance !

9
Positif

Une intrigue classique de division et de reconstruction, qui fonctionne diablement bien.

Des portraits éclatés mais fort pertinents et réussis des diverses tortues, bien mal en point.

Un grand dessinateur par épisode et par thème, c'est bien pensé et épatant au résultat.

Negatif

Le classicisme de la menace, qui paraît trop obscure ou en soi trop simple pour nos héros, s'ils n'étaient pas aussi bas moralement.

La séparation mystérieuse par un événement traumatisant secret, c'est efficace mais déjà-vu.

Une certaine vulgarité dans les dialogues qui lasse en cours de lecture.

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