TUMATXA : L'EMISSION ! - EPISODE 3 : David la joue sale dans les vignes !!

Troisième épisode de nos aventures radiophoniques en cette nouvelle saison de « Tumatxa! » et, miracle, l’émission ne dure que trois heures cette semaine. On progresse ! Bientôt ce sera une vignette de 5 mn, comme chez la concurrence. Nan, je déconne, on va rester sur des durées déraisonnables, je vous rassure.
Cinéma (pas en salles, hélas, mais sur une plateforme), littérature (évocation d’un auteur de légende récemment et librement adapté au cinéma), BD (retour sur le corpus d’un des grands génies du médium) : formule classique cette semaine !!
Pour le cinéma, c’est avec joie que l’on retrouve cette bonne vieille ganache de Shane Black (Hawkins dans « Predator », vous vous rappelez ?), qui se fait bien rare, mais c’est d’autant plus un plaisir que de retrouver sa patte, en l’occurrence sur « Play Dirty », qu’il écrit et réalise pour Amazon… Le scénariste-prodige devenu réalisateur (avec quelques pépites à son actif, comme « Kiss Kiss Bang Bang » et surtout « The Nice Guys », des sommets que Black n’atteint pas ici, soyons clair) s’empare d’une figure de la littérature hard-boiled, le fameux Parker (création de Donald Westlake, sous le pseudo de Richard Strak), déjà investie en leur temps par des cinéastes comme John Boorman et John Flynn, et d’autre moins inspirés. Shane Black « distord » un peu Parker, en adaptant librement Westlake, et ceux qui aiment sa science du dialogue et l’ambiance à la fois cool et bad-ass de ses projets précédents ne se sentiront pas dépaysés. Sans compter que c’est bien violent, et à la réflexion plus noir qu’il 'n’y paraît. Sacrément fun et jouissif, aussi !!
Pour la littérature, on aborde le cas d’un géant mystérieux de la littérature américaine des 60 dernières années, le légendaire Thomas Pynchon, à la faveur de l’adaptation très libre là aussi de son oeuvre que vient de signer Paul Thomas Anderson avec son très médiatisé « Une bataille après l’autre ». A la base de ce projet, il y a un roman de Pynchon, « Vineland », et c’est de ça qu’on cause ce soir !! Considéré pas forcément à tort (mais pas forcément à raison non plus, nous y reviendrons) comme le plus abordable des romans de Pynchon, « Vineland » est certainement le roman le plus ouvertement politique de son auteur, en se proposant d’autopsier cette étrange phase de la vie politique américaine entre le milieu des années 60 et celui des années 80, en gros, depuis les utopies libertaires des sixties jusqu’à la gangue de fer de l’ère Reagan. Comme d’habitude avec Pynchon, c’est superbement écrit, extrêmement drôle, et peut-être un brin moins pessimiste que d’habitude…? En attendant « Shadow Ticket », le dernier Pynchon qui sort incessamment sous peu.
Pour la BD, comme nous l’avions évoqué la semaine dernière, on revient sur le corpus du décidément génial Daniel Clowes, avec l’incroyable « David Boring », paru initialement dans son anthologie « Eightball » avant une parution en album, célébrée comme il se doit comme l’un des plus grands romans graphiques (une BD, quoi) de tous les temps. Comme son blaze l’indique, David est un jeune homme plutôt ennuyeux mais qui ne va pas tarder à se retrouver pris dans une sombre histoire de femme fatale idéale aux fesses généreuses (oui, c’est très important pour lui) à la « Vertigo », mais en beaucoup plus bizarre, parce qu’il est aussi question de fin du monde via une guerre bactériologique, d’une mystérieuse BD dont David ne cesse de chercher à percer le sens, de tentatives de meurtres, d’obsessions malsaines qui virent au cauchemar, d’une île à la Agatha Christie où les personnages disparaissent les uns après les autres… Sacrément bizarre, n’est-ce pas ? Sous ses dehors de classicisme narratif, « David Boring » est une des BD les plus originales et déstabilisantes qu’il vous sera donné de lire, et son auteur un des génies incontestables du neuvième art.
“Ravaged darkness
A light transcends us
A wretched dog afraid
Seeks God’s Salvation”


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