Retour vers le passé : Dracula (1931)

 

Horreur
Long métrage américain
Réalisé par Tod Browning
Scénarisé par Garrett Fort d’après le roman de Bram Stoker et la pièce de Hamilton Deane et John L. Balderstone
Avec Bela Lugosi, David Manners, Helen Chandler, Edward Van Sloan, Dwight Frye…
Année de production : 1931

En 1928, Carl Laemmle Sr., le co-fondateur de Universal Pictures, a placé son fils Carl Jr à la tête du studio, un joli cadeau pour le 21ème anniversaire du fiston (Senior avait une réputation de népotisme car il se disait que nombre de ses neveux étaient employés, lui valant le surnom de « Oncle Carl »). Junior a participé activement au passage des productions Universal au parlant et lancé des projets importants comme la version 1930 de À l’Ouest rien de nouveau qui gagna l’Oscar du Meilleur Film. C’est également sous son impulsion que l’horreur devint l’un des genres les plus populaires des années 30/40, à commencer par Dracula et Frankenstein en 1931, qui ont posé les bases de ce qui a ensuite été regroupé sous l’appellation Universal Classic Monsters.

À cause des effets de la Grande Dépression, Universal a du revoir ses ambitions à la baisse concernant Dracula (qui fut budgété à plus de 340.000 dollars par rapport aux 1,2 millions de À L’Ouest rien de nouveau). C’est notamment pour cela que le scénario de Garrett Fort s’inspire principalement des éléments de la pièce de théâtre à succès de Hamilton Deane et John L. Balderstone, qui fut la première adaptation autorisée du roman de Bram Stoker (sorti en 1922, Nosferatu le Vampire , chef d’oeuvre de Murnau, en était une version non officieuse).

 

 

Parmi les acteurs sérieusement envisagés pour incarner le premier Dracula parlant de l’écran, il y avait notamment l’allemand Conrad Veidt (mais il était reparti dans son pays natal parce qu’il pensait que son anglais n’était pas assez bon pour les films parlants américains) et Lon Chaney, alias l’« Homme aux Mille Visages », ce qui aurait réuni ce dernier avec son réalisateur fétiche Tod Browning. Mais Chaney a perdu son combat contre le cancer au mois d’août 1930. Ce qui n’a pas laissé beaucoup de temps à Universal pour trouver la personne idéale (le tournage a commencé fin septembre 1930 pour une sortie prévue en février 1931…ça allait vite en ce temps-là).

Laemmle n’était au départ pas intéressé par Bela Lugosi, qui jouait déjà Dracula sur les planches, mais devant l’insistance du comédien hongrois…ça et le fait que Lugosi a accepté un salaire peu élevé (il fut même moins payé que David Manners et Helen Chandler, les interprètes de Harker et Mina)…le producteur changea d’avis. Dracula fit de Bela Lugosi une star à l’âge de 49 ans, mais il n’a pas échappé au fait d’être catalogué, étant le plus souvent cantonné aux rôles de vilains pendant une bonne partie du reste de sa carrière. Et s’il fut éternellement associé au personnage de Dracula, il ne l’a en fait personnifié que deux fois à l’écran, la deuxième étant dans une comédie avec Abbott et Costello.

 

 

Entre les deux premiers monstres classiques de la Universal, ma préférence ira toujours à Frankenstein. Non pas que Dracula soit sans qualités mais sa trop grande théâtralité le rend moins fascinant que les réalisations de James Whale (aussi bien sur ses deux Frankenstein que sur L’Homme Invisible). La caméra de Tod Browning se fait plus statique et selon de nombreux témoignages, le réalisateur fut si touché par la mort de Lon Chaney qu’il n’était pas particulièrement inspiré et qu’il se reposait principalement sur la présence du chef opérateur Karl Freund (futur réalisateur de La Momie). La photographie de Dracula est d’ailleurs l’un de ses points forts, mettant superbement en valeur les décors aussi bien que les matte-painting ainsi que le regard hypnotique du Seigneur des Vampires.

Le couple un peu falot composé de David Manners et Helen Chandler se fait souvent voler la vedette par Dwight Frye dans le rôle du cinglé Renfield, au regard et au rire hallucinés. Le Van Helsing campé par Edward Van Sloan n’est pas tellement différent de ses prestations de docteurs dans Frankenstein et La Momie (ce qui donne l’impression qu’il s’agit toujours du même personnage). Quant au Dracula de Lugosi, je reste partagé. J’aime sa silhouette, son regard, sa prononciation particulière (et certaines phrases sont devenues véritablement emblématiques comme le « je ne bois jamais…de vin »)…mais certains maniérismes peuvent prêter à sourire et cette représentation de Dracula est très « sage », pas de crocs et morsures et transformations hors champ (pas étonnant vu la période de production mais c’est tout de même un brin frustrant).

Commentaires (0)