Retour vers le passé : Que le spectacle commence (1979)

 

Drame/musical
Long métrage américain
Réalisé par Bob Fosse
Scénarisé par Bob Fosse et Robert Alan Arthur
Avec Roy Scheider, Jessica Lange, Ann Reinking, Leland Palmer, Cliff Gorman…
Titre original : All that Jazz
Année de production : 1979

It’s Showtime, Folks !

Fils d’un acteur de vaudeville, Bob Fosse est monté sur les planches dès son plus jeune âge. Il se spécialise dans la danse et la chorégraphie et n’a pas encore trente ans lorsqu’il est attiré par les sirènes hollywoodiennes. Stanley Donen (Chantons sous la pluie) lui a donné son premier rôle en 1953 et à peine deux ans plus tard il signait les numéros dansés de Ma soeur est du tonnerre avec Janet Leigh. La carrière de Bob Fosse a par la suite toujours été partagée entre le grand écran et les salles de spectacle de Broadway…et parfois les deux à la fois, ce qui a eu d’importants effets sur sa santé.

En 1974, Bob Fosse réalise Lenny, un biopic dans lequel Dustin Hoffman incarne l’humoriste controversé Lenny Bruce. Alors qu’il était en pleine post-production, Fosse a accepté de commencer la préparation de la comédie musicale Chicago. Mener les deux projets simultanément, Chicago la journée et le montage de Lenny le soir, fut particulièrement éreintant, tout en jonglant avec ses propres addictions. Bob Fosse a fini à l’hôpital, avec une crise cardiaque et une opération à coeur ouvert. Une expérience qui lui a donné l’inspiration pour son long métrage suivant…

 

 

En partie autobiographique, Que le spectacle commence raconte l’histoire de Joe Gideon, un metteur en scène flamboyant, égocentrique, fumeur invétéré et drogué aux amphétamines qu’il ingère tous les matins avant de commencer sa journée. Il monte une nouvelle revue à Broadway et le film commence d’ailleurs par une intense journée d’auditions qui lui permet de faire le tri et de choisir les danseurs et chanteurs avec lesquels il va travailler. Un début entraînant, filmé avec une précision quasi-documentaire par une caméra virevoltante sur une scène où se bousculent joies et déceptions…

Tout en mettant en scène son spectacle, Joe Gideon poursuit le montage de son long métrage The Stand-Up sur le comique Davis Newman (le clone de Lenny Bruce), une tâche qui a pris du retard car il n’est pas satisfait du résultat. Au fil des jours, les décisions créatives et ses problèmes personnels lui pèsent de plus en plus et il est victime d’un infarctus. Une issue attendue car suggérée par des effets de montage en flash-forward et des discussions entre Gideon et une superbe femme à la présence éthérée dans le décor d’une salle encombrée des souvenirs de la vie du réalisateur…une blonde habillée de blanc qui n’est autre que la Mort (ou une vision de la Mort dans l’esprit enfiévré de Joe), interprétée par Jessica Lange pour son deuxième rôle au cinéma après le King Kong de John Guillermin…

 

 

Porté par un Roy Scheider impérial, Que le spectacle commence parle d’un homme dont la vie est un show, une personnalité fascinante même si ses nombreux défauts font qu’il n’est pas facile à apprécier, dans la façon dont il traite aussi bien ses danseurs que les femmes de sa vie…mais en père maladroit, il peut se révéler assez touchant. Dans son travail, il est le meilleur, aspirant toujours à la perfection, et ses frustrations vont le mener à créer un numéro dansé aussi troublant que sexy, la chorégraphie la plus érotique et émoustillante vue sur grand écran (dans laquelle se distingue notamment la sculpturale Sandhal Bergman, qui sera ensuite Valeria dans Conan le Barbare).

Joe Gideon a brûlé la chandelle par les deux bouts, comme le dit l’expression, et la réflexion sur la mort s’exprime pleinement dans un dernier acte qui mêle réalité et fantasme en déroulant les cinq étapes du Modèle de Kübler-Ross… le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Entertainer jusqu’au bout, Joe Gideon finira par rêver l’ultime étape de sa vie sous la forme d’un spectacle exubérant…un poil trop long certes mais à son image, une explosion de musique, de danse, de couleurs très seventies.

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