Retour vers le passé : L'Echine du Diable (2001)

 

Drame/horreur
Long métrage espagnol/mexicain
Réalisé par Guillermo del Toro
Scénarisé par Guillermo del Toro, David Munoz et Antonio Trashorras
Avec Marisa Paredes, Eduardo Noriega, Federico Luppi, Fernando Tielve…
Titre original : El espinazo del diablo
Année de production : 2001

Qu’est ce qu’un fantôme ? Un fait terrible condamné à se répéter encore et encore ?

Les guerres font partie de ces événements tragiques qui ne cessent de marquer l’Histoire mondiale. Aux origines de L’Echine du Diable (qu’il avait déjà en tête avant sa première réalisation Cronos), Guillermo del Toro avait prévu de situer l’action de son long métrage pendant la Révolution Mexicaine et c’est au fil des réécritures et de l’arrivée du producteur Agustin Almodovar (le frère de Pedro) sur le projet qu’il a décidé de le déplacer en Espagne, pendant la Guerre Civile qui déchira le pays dans les années 30.

Les enfants sont souvent les premières victimes collatérales des conflits. Parce que son père est mort et que son tuteur ne peut s’occuper de lui, le jeune Carlos intègre Santa Lucia, un établissement catholique pour orphelins dont les responsables tentent tant bien que mal d’assurer la bonne santé et l’éducation des enfants alors que les moyens manquent. Carlos découvre vite que les murs de Santa Lucia cachent des secrets, une cache de lingots d’or destinés à la cause républicaine…et le fantôme d’un garçon qui hante les sous-sols…

 

 

Qu’est-ce qu’un fantôme ? Un instant de douleur, peut-être. Quelque chose de mort qui semble encore en vie.

Santa Lucia est un lieu qui évolue sur le fil du rasoir, image amplifiée par la vision de cette bombe enfouie en partie dans la cour et qui aurait pu exploser sans un coup de pouce du destin. Mais le danger rode toujours et il a la beauté du diable, celle de Jacinto (très bon Eduardo Noriega), qui fut l’un des enfants de l’orphelinat et qui en est devenu le gardien et homme à tout faire. Jacinto n’est revenu que pour l’or et entre deux brimades destinées aux gamins, il passe son temps libre à essayer d’ouvrir le coffre qui contient ce qu’il estime être son passeport vers une nouvelle vie.

Au delà du détestable Jacinto, Guillermo del Toro peuple son récit de personnages attachants, Marisa Paredes en directrice handicapée, Federico Luppi (son acteur principal de Cronos) en médecin poète et amoureux, et une bande de gosses qui finiront par mettre de côté leurs différents (la petite brute n’est pas juste qu’une petite brute) pour survivre face à la folie des plus grands. L’atmosphère est soignée, avec une tension de plus en plus palpable…et le réalisateur sait aussi bien gérer l’aura de danger autour de Jacinto que les apparitions spectrales du pauvre Santi…

 

 

Qu’est ce qu’un fantôme ? Un sentiment suspendu dans le temps. Comme une photo floue. Comme un insecte piégé dans de l’ambre.

Dès les premières scènes, il n’y a pas lieu de douter que la violence touche également cet établissement perdu dans la campagne espagnole. C’est déjà arrivé et cela arrivera encore. Et cette montée des enjeux est particulièrement prenante, jusqu’à un final déchirant durant lequel les enfants seront à nouveaux victimes de la folie des hommes. L’aspect fantastique est très bien intégré à ce regard douloureux sur l’enfance en temps de guerre, à petites doses, par la grâce de visuels évocateurs et poétiquement morbides, faisant de L’Echine du Diable l’un des films de fantômes les plus beaux et les plus tristes de mémoire de fantasticophile, qui se referme sur un plan et des mots qui me touchent à chaque fois…

Un fantôme ? C’est ce que je suis…

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