Retour vers le passé : Greystoke, la Légende de Tarzan (1984)

Aventures
Long métrage américain/britannique
Réalisé par Hugh Hudson
Scénarisé par P. H. Vazak et Michael Austin d’après l’oeuvre de Edgar Rice Burroughs
Avec Christophe Lambert, Ian Holm, Andie McDowell, Sir Ralph Richardson…
Titre original : Greystoke: The Legend of Tarzan, Lord of the Apes
Année de production : 1984
Les deux noms crédités au scénario de Greystoke, La Légende de Tarzan ne sont pas vraiment connus. Michael Austin a eu une courte carrière et avant Tarzan, il avait co-écrit Le Cri du Sorcier de Jerzy Skolimowski et Cinq jours, ce printemps-là avec Sean Connery. Quant à P.H. Vazak, il est inconnu au bataillon…mais c’est tout simplement parce qu’il s’agit d’un pseudonyme qui cache le plus connu Robert Towne, scénariste de La Dernière Corvée, Chinatown ou encore Yakuza (pour ne citer que quelques titres). Parce qu’il a été déçu par certains changements apportés à son script, Robert Towne a préféré ne pas être crédité et au lieu de choisir un nom d’emprunt usuel comme Alan Smithee, il a pris le nom de Vazak qui était celui…de son chien ! Eh oui, on peut même dire (en exagérant un brin) que P.H. Vazak est le seul toutou à avoir été nommé pour l’Oscar du meilleur scénario…
Greystoke, La Légende de Tarzan fut un projet passion pour Robert Towne. Débuté dix ans avant sa sortie dans une décennie plus calme pour le Seigneur de la Jungle créé par Edgar Rice Burroughs (après avoir été un héros régulier du cinéma d’aventures pendant 50 ans, Tarzan s’est fait plus discret dans les seventies, à part quelques bisseries italo-espagnoles non officielles et passées inaperçues), le projet devait permettre à Robert Towne de faire ses débuts de réalisateur en livrant un film d’époque plus sérieux (selon ses termes) que les précédentes entrées de la franchise qui avaient transposé Tarzan à l’époque moderne. Mais comme cela peut arriver, le développement a pris du temps, Towne a entretemps mis en scène un long métrage qui a fait un flop et suite à un conflit avec son producteur, Greystoke, La Légende de Tarzan lui a été retiré pour être confié au britannique Hugh Hudson, qui sortait du succès des Chariots de Feu.

Je n’ai jamais lu de romans Tarzan par Edgar Rice Burroughs mais d’après le résumé disponible sur le net, le début de l’adaptation cinématographique me semble assez fidèle aux premiers chapitres de Tarzan of the Apes. Les premières minutes décrivent l’épreuve traversée par les époux Clayton, héritiers du comte de Greystoke, après leur naufrage sur la côte congolaise. John Clayton construit une cabane dans les arbres mais peu de temps après avoir donné naissance à son fils, Alice tombe malade et meurt. John est ensuite tué par un singe. Lorsqu’elle entend les cris du bébé, Kala, une femelle inconsolable après la mort de son enfant, décide d’adopter le petit humain (dans le livre les singes l’appellent Tarzan…ce qui veut dire peau blanche dans leur langue…nom qui ne sera pas prononcé ici).
Le suite du premier acte se fait sans paroles, en déroulant la vie d’un bout d’homme évoluant nu dans un environnement sauvage où le danger peut surgir à n’importe quel moment. La réussite de ces scènes passe entre autres par la belle présence des trois acteurs qui personnifient Tarzan à ces trois âges de sa vie et aussi aux superbes costumes de singes, réalistes et expressifs, conçus par le légendaire Rick Baker. Une ellipse introduit ensuite de nouveaux protagonistes, une expédition anglaise à laquelle participe le belge Phillipe d’Arnot (excellent Ian Holm…c’était la première fois que je regardais Greystoke en V.O. et c’est toujours amusant d’écouter ces acteurs parler français avec un accent anglais), le plus souvent écoeuré par le comportement de ses congénères…et les choses vont rapidement dégénérer…

C’est là que Greystoke, la Légende de Tarzan prend un autre chemin que celui du livre. D’Arnot est sauvé et soigné par un jeune homme vêtu uniquement d’un pagne dont il va découvrir l’identité. Christophe(r) Lambert était pour la première fois la star d’un long métrage après une poignée de petits rôles en France et s’il parlait alors à peine quelques mots d’anglais cela lui a été utile pour construire son personnage, en privilégiant d’abord son expression corporelle, son animalité et cet étrange regard qui tient beaucoup à sa myopie naturelle (ce qui a été un élément déterminant dans le choix de Hugh Hudson). Ce Tarzan n’est pas le « sauvage » qui s’exprime avec des phrases mal construites, c’est un Tarzan qui apprend vite, qui a des dons mimétiques et qu’il ne faut pas sous-estimer.
La deuxième moitié du métrage déplace le lieu de l’action en Angleterre pour parler de romance (protégée de Lord Greystoke, Jane a les traits de la débutante Andie McDowell…qui n’a bien évidemment pas apprécié d’apprendre que sa voix jugée trop américaine allait être doublée par celle de Glenn Close), de colonialisme et de perte de l’innocence pour un jeune Lord Greystoke déchiré entre ses deux natures. S’il y a des moments qui amènent de la légèreté et de la tendresse, d’autres scènes importantes pour Clayton/Tarzan sont plus dures et tristes avec comme point culminant un final en deux temps chargé en émotion.
Le très réussi Greystoke, La Légende de Tarzan n’a pas résisté à la concurrence au box-office U.S. de l’année 1984, dominée par des films comme Le Flic de Beverly Hills, S.O.S. Fantômes, Indiana Jones et le Temple Maudit et Gremlins, et a terminé son parcours à la 15ème place. Il a fait mieux en France, avec une septième place et plus de 3,4 millions d’entrées.


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