Retour vers le passé : Le Fantôme de Milburn (1981)

Horreur
Long métrage américain
Réalisé par John Irvin
Scénarisé par Lawrence D. Cohen d’après le roman de Peter Straub
Avec Craig Wasson, Alice Krige, John Houseman, Fred Astaire, Melvyn Douglas, Douglas Fairbanks Jr…
Titre original : Ghost Story
Année de production : 1981
À ce jour, les seuls romans de Peter Straub que j’ai lus sont ceux qu’il a écrit avec son ami Stephen King, Le Talisman et Territoires. Pas que le reste de son travail ne m’intéresse pas, au contraire, mais je n’ai tout simplement pas encore eu l’occasion de me plonger dans sa bibliographie (tant de choses à lire, tout ça, tout ça). Les livres de Straub n’ont été adaptés au cinéma qu’à deux reprises, Le Cercle Infernal de Richard Loncraine en 1977 (d’après le roman Julia…vu une seule fois il y a très longtemps et des images fortes me sont restées en mémoire) et Ghost Story de John Irvin en 1981.
Si je n’ai pas lu Ghost Story (Le Fantôme de Milburn en V.F.), je sais, de par mes lectures sur le sujet (dont un entretien entre Stephen King et Peter Straub dans l’essai Anatomie de l’Horreur), que de nombreuses différences existent entre l’écrit et l’écran. Pour le scénariste Lawrence D. Cohen, un familier de l’exercice de l’adaptation (on lui doit les scripts de Carrie au bal du diable et des mini-séries Ca et Les Tommyknockers), seule une production télévisuelle aurait pu rendre justice au livre mais les producteurs voulaient un film de deux heures…et les choix qui en ont découlé n’ont pas vraiment plu à Straub et aux fans du roman pour qui 90% de la version papier de Ghost Story sont passés à la trappe…

Milburn est une petite bourgade de la Nouvelle-Angleterre qui semble figée dans le passé. Pour mettre cet aspect en avant, Jack Cardiff, vétéran des directeurs de la photographie (Une Question de vie ou de mort, Les Vikings…) la différencie des scènes se déroulant à New York et en Floride en lui conférant une atmosphère particulière, accentuant les contrastes entre ombres et lumières. Parce qu’il s’y ennuyait, Don Wanderley (Craig Wasson, Body Double) est parti pour devenir professeur mais lorsqu’il apprend la mort de son frère jumeau dans des circonstances étranges, il décide de revenir à Milburn pour comprendre ce qui s’est passé…
Le réalisateur John Irvin (qui nous a quittés cette année et qui s’est frotté à presque tous les genres) et Lawrence D. Cohen ont tout de même repris la structure des récits enchâssés dans la grande histoire, qui doivent leur raison d’être aux réunions de notables de Milburn formant la Chowder Society. Un club sélect réunissant des noms faisant partie de la légende d’Hollywood comme Fred Astaire, Douglas Fairbanks Jr (pour leurs derniers rôles au cinéma), Melvyn Douglas et John Houseman (ce dernier avait déjà raconté une histoire à faire peur dans l’ouverture du Fog de John Carpenter deux ans plus tôt).

Comme dans de nombreux contes horrifiques, Milburn s’inscrit dans la longue liste de ces villes en apparence tranquilles tout en cachant de noirs secrets, ici en rapport avec une femme (troublante Alice Krige, Les Chariots de Feu) qui hante aussi bien Don que les membres de la Chowder Society. Les révélations se font tout au long de flashbacks présentés sous la forme d’histoires racontées par les protagonistes pour respecter la tradition des réunions du Club. John Irvin soigne l’ambiance et révèle la profonde hypocrisie et lâcheté des vieillards dans le retour vers les années 20, meilleures scènes du long métrage de mon point de vue.
Si Le Fantôme de Milburn accuse quelques maladresses (avec notamment des effets spéciaux très datés et des décisions narratives parfois un brin confuses), il bénéficie tout de même d’une très bonne interprétation (dont une Alice Krige magnétique) et d’excellents maquillages (souvent poisseux) d’un expert du genre, le grand Dick Smith (Au-delà du réel, L’Exorciste…).


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